«Je certifie que N..., excellent père de famille,—garde national irréprochable,—a tout ce qu’il faut pour faire un bourreau très-distingué;—je serai personnellement heureux de voir tomber sur lui le choix de M. le ministre;—je crois qu’il s’en montrera digne à tous égards,—et que le gouvernement n’aura qu’à se féliciter de son utile concours.»

10.—L’amiral Baudin était arrivé à Cherbourg et avait passé la revue de ses équipages—lorsqu’il a annoncé tout à coup qu’il ne partait pas,—et est retourné à Paris.—Au moment où l’amiral reçut sa mission,—il confia à M. Thiers que M. Mollien, consul de France à la Havane, lui était désagréable—et que sa destitution lui ferait plaisir.—M. Thiers répondit: «Nous verrons ça.»

Une fois à Cherbourg, M. Baudin écrivit à M. Thiers qu’il ne mettrait pas à la voile avant que la chose fût faite;—la réponse de M. Thiers fut ambiguë, et M. Baudin retourna à Paris.

Si on ne peut approuver M. Baudin—d’avoir demandé la destitution de M. Mollien comme faisant partie de l’expédition, M. Thiers est sans excuse de ne s’être pas expliqué catégoriquement, et de n’avoir pas refusé formellement ce qu’il ne voulait pas faire.—De ce jour, l’amiral Baudin n’a plus été un bon amiral, et M. Mackau, envoyé à sa place, a passé homme de génie, pour son avancement,—du moins dans les journaux du ministère.—Au résumé, avec toutes ses finesses et toute son habileté,—M. Thiers n’arrive jamais qu’à priver le pays de ce qu’il a de meilleur.

11.—Un monsieur, auquel ses parents ont probablement négligé de donner un état,—s’est récemment établi Dieu,—il prétend que le véritable Dieu doit être à la fois homme et femme,—c’est-à-dire père et mère, et il s’intitule Mapah, nom formé des premières syllabes des deux mots maman et papa. Il y a deux ans, les femmes libres adressèrent à la Chambre des députés une pétition tendant à ce que le roi Louis-Philippe fût appelé à l’avenir roi des Français et des Françaises.—On prononça l’ordre du jour,—parce qu’on objecta—que les Françaises étaient comprises dans les Français,—et que rien n’empêcherait, si on accédait à cette première demande, d’être bientôt obligé d’appeler le roi—roi des Français, des Françaises et des chapeliers, etc., etc. Le Mapah a accompli ce vœu des femmes libres.

Je n’ai jamais vu ce nouveau Dieu;—mais il m’a parlé comme l’autre parla à saint Jean dans le désert.—La parole du Mapah—coûte trois sous de port.—Il m’a envoyé quatre pages sur Napoléon et sur Waterloo;—je pense que Dieu parlait hébreu à son peuple,—le langage du Mapah est de l’hébreu pour moi.

Il a écrit également à M. V. Hugo,—et lui a proposé d’être sous-Dieu ou Saint-Esprit,—M. Hugo a refusé.—Il paraît qu’il aime mieux être académicien.—On ne saurait trop porter à la connaissance du public de semblables traits de désintéressement.

Le Mapah date ses évangiles de son grabat,—décidément le métier est mauvais, le royaume des cieux n’est pas de ce monde,—et j’admire peut-être trop le désintéressement de M. Hugo.