Les douze mille du ministère de l’intérieur pour la Revue des deux Mondes, dont il fait la chronique politique.—Cette chronique, qui n’a aucun mérite d’aucun genre, était beaucoup plus spirituelle quand elle était faite par des Français.
18.—Il y a deux ans et demi, M. Cousin n’était pas ministre de l’instruction publique,—il faisait à la Chambre haute—une opposition tracassière.—Un jour il avait entrepris de faire réciter à M. Molé une sorte de catéchisme ridicule.
—Monsieur le ministre, disait M. Cousin, que feriez-vous s’il arrivait telle chose? que feriez-vous si don Carlos était triomphant, si le colosse du Nord venait à mourir, si la reine d’Angleterre engraissait?
«Hélas! monsieur, ne répondait pas M. Molé, nous avons déjà assez de peine à savoir bien précisément ce que nous faisons, sans encore dire ce que nous ferons.»
—Monsieur, répondait M. Molé, il m’est impossible d’improviser ici un programme complet d’une politique que les événements doivent nécessairement modifier, etc., etc.
Nous ne suivrons pas ces deux messieurs dans le dialogue, nous remarquerons seulement que le professeur Villemain venait de temps en temps en aide au professeur Cousin,—et lui donnait le temps de reprendre haleine.—M. Molé tenait bon, et l’avantage semblait devoir lui rester, lorsque le professeur Cousin imagina un de ces arguments qui bouleversent l’armée de syllogismes la mieux disciplinée.
—Monsieur, dit le professeur Cousin à M. Molé, je vous donne un démenti.
On comprend de quel étonnement, de quelle stupeur, puis ensuite de quelle indignation fut saisie la Chambre dite aristocratique. La plupart des pairs sont des hommes bien élevés,—peu accoutumés à ces façons de Trissotin, à ces interjections de garçon de classe.
M. Pasquier, quand le premier tumulte fut apaisé,—dit au professeur Jean-Vadius Cousin: «Monsieur, je vous fais observer que les paroles dont vous venez de vous servir sortent des convenances parlementaires.»