J’ai fait, à ce sujet, depuis longtemps, une remarque affligeante: c’est qu’il y a beaucoup de femmes avares.—Qu’un domestique maladroit laisse tomber du plateau qu’il porte quelques gouttes d’eau sucrée sur leur robe,—c’est un désespoir qu’on ne prend pas la peine de cacher;—qu’une porcelaine un peu précieuse soit brisée par hasard, que de cris!—que de plaintes!—que de gémissements!—Une bague tombe,—on interrompt la contredanse:—il faut tout déranger pour la retrouver.—Et cette histoire avec M. Clavet!
Non, je n’appelle pas vierge une jeune fille
Qui donne des cheveux à son petit cousin,
Ou qui, chaque matin, se rencontre et babille
Avec un écolier dans le fond du jardin.
Je n’appelle pas vierge une fille qui donne
Un coup d’œil au miroir sitôt que quelqu’un sonne.
Pour celui-ci, d’abord, pour la première fois,
Elle voulut être belle et parée.
Par cet autre sa main, dans un bal,—fut serrée;
Celui-ci vit sa jambe, un certain jour qu’au bois
On montait à cheval.—Un autre eut un sourire,
Un autre s’empara,—tout en feignant de rire,
D’une fleur morte sur son sein.
Un autre osa baiser sa main.
Dans ces jeux innocents, source de tant de fièvres
Qui troublent les jeunes sens,
Un monsieur a baisé, devant les grands parents,
Tout en baisant la joue, un peu le coin des lèvres.
On a rougi cent fois d’un mot ou d’un regard;
On a reçu des vers et rendu de la prose,
Et cætera.—Mais il est une chose,
Une seule,—il est vrai,—peut-être par hasard,
Que l’on a su garder,—soit par la maladresse
Ou l’ignorance du cousin,
Ou la,—dirai-je,—la sagesse
D’une mère au coup d’œil certain.
C’est encore une chose et rare et difficile!
Et c’est ce qu’on appelle une vierge!—on l’habille
Tout de blanc,—et l’époux se rengorge au matin!
16.—Je découvre que je passe définitivement à l’état de canard.—On appelle canard en librairie les nouvelles que les crieurs vendent dans les rues,—ou les anecdotes un peu hasardées que publient les journaux,—on est arrivé par catachrèse à donner le nom de canard à celui qui est le sujet de l’anecdote. J’ai compté cette semaine quatre canards dont je suis le héros,—en y comprenant les détails donnés sur un naufrage que je suis censé avoir fait à Étretat avec Gatayes, qui n’a pas quitté Paris.
17.—Dans un numéro du mois de décembre, j’ai raconté toute la vie de M. Rossi,—les grands journaux, les journaux sérieux,—les journaux qui savent tout,—ont, depuis six mois, largement puisé à cette source sans la désigner jamais,—chaque fois qu’il a été question de M. Rossi.
On vient de le nommer conseiller au conseil royal de l’instruction publique,—et on a fait grand bruit de la démission qu’il a donnée d’une de ses places,—le hasard fait que c’est précisément la moins rétribuée que M. Rossi a abandonnée.
Ainsi, en quittant la chaire d’économie politique qui lui rapportait cinq mille francs,—il a conservé les douze mille francs qu’il reçoit du ministère des affaires étrangères,—les douze mille de l’École de droit.