Des ennemis de M. de Lamartine s’amusent à envoyer aux divers journaux de Paris—des vers qu’il est censé, pendant le cours de son voyage,—ici, avoir mis sur un album,—là, avoir improvisé dans un banquet, etc, etc.—Ces vers sont, comme vous pouvez le penser, fort indignes de leur auteur prétendu,—et donnent à l’honorable député un certain air troubadour,—qui n’est ni de mode, ni de bon goût, et ne va nullement avec ses façons d’être, qui sont pleines de dignité et de distinction.

Les journaux,—pendant les vacances des Chambres, poussent au degré le plus criminel l’avidité de la copie gratuite.—Je ne pourrais pas citer trois journalistes—qui, un soir qu’il leur manquerait vingt lignes, jetteraient au feu sans hésiter vingt lignes qu’on leur enverrait de dénonciations contre leur meilleur ami. Aussi, saisissent-ils avec un empressement féroce tout ce qu’on leur transmet sur ce pauvre M. de Lamartine.—Le plus mauvais tour qu’on lui ait joué en ce sens est de lui avoir prêté, ces jours-ci, le discours le plus biscornu qui ait jamais été fait.—La scène se passe à Bagnères, on chante au poëte une centaine de vers, improvisés par MM. Soutras et Soubies.—M. de Lamartine répond:

«Dans l’hommage que vous rendez à la poésie, en ma personne, vous avez employé les deux plus belles langues que Dieu ait données aux hommes, la langue musicale et la langue des vers. Vous ne me laissez pour répondre que celle de mon émotion et de ma reconnaissance.»

Cela rappelle parfaitement cette phrase célèbre: «De bonne heure surtout; le mien est de te voir.»

«Vous voulez que je vous laisse un souvenir, fait-on ajouter à M. de Lamartine... Je vous laisse celui de votre générosité.»

Ce n’est pas ruineux,—et je recommande aux poëtes, en général, ce genre de présent.

23.—Voici qu’il arrive à M. Thiers un des plus terribles désappointements que jamais ait subis un ministre constitutionnel.—On sait que le côté ou le prétexte politique de son entrée aux affaires est l’alliance de la France avec l’Angleterre;—pendant que M. Thiers et les journaux qui lui sont dévoués faisaient grands bruits des toasts portés par M. Guizot, pendant qu’on faisait chaque jour de nouveaux éloges de cette terre classique de l’industrie, de ce berceau des gouvernements constitutionnels,—l’Angleterre, cette même Angleterre! la Prusse, l’Autriche et la Russie,—ont signé, avec l’envoyé de la Porte-Ottomane,—une convention contre Méhémet-Ali, et accessoirement contre la France, soigneusement exclue de cette quadruple alliance.

Tout le monde connaît la correspondance ministérielle de la rue Jean-Jacques-Rousseau,—dont l’officine est située porte à porte avec l’administration des postes.—M. de l’R., directeur de cette correspondance, est un homme très-intelligent et très-entendu, qui profite de tous les moyens possibles pour accélérer le transport de ses nouvelles. On a vu pendant quelque temps un magnifique pigeonnier sur le faîte de sa maison,—servant d’asile à ses voyageurs. Mais, ces jours derniers, M. Conte, administrateur général des postes, l’a fait sommer judiciairement—d’avoir, aux termes de certains vieux règlements de police oubliés, à détruire son pigeonnier, et à plumer et manger ses pigeons,—le choix de la sauce étant abandonné au condamné. Ce prétexte était quelques avanies faites par les pigeons aux voitures de l’administration;—mais la véritable raison est l’horreur qu’éprouve M. Conte pour toute concurrence dans le transport des lettres et dépêches.