Or, il faut cependant se décider.—Si c’est sciemment que le boulanger vend à faux poids, il est dérisoire de le condamner à cinq francs d’amende quand le malheureux qui volerait dans sa boutique un pain d’un sou en brisant une vitre expierait son crime par les travaux forcés.—La peine infligée au boulanger qui vole le pain du pauvre doit être au moins égale à la peine du pauvre qui vole le pain du boulanger.

Si c’est involontairement que le boulanger ne donne pas le poids convenu à ses pains,—la peine de cinq francs d’amende doit être supprimée.

Il n’y a rien de si facile à arranger que tout cela. Permettez aux boulangers de faire des pains de la forme et du poids qu’il leur plaira,—et de les vendre pour leur poids, quel qu’il soit;—et dans le tarif comparatif des farines et de celui du pain qui se publie tous les quinze jours, ne fixez plus le prix du pain de quatre livres et du pain de deux livres,—mais seulement le prix de la livre de pain.

Que le pain se vende au poids, et seulement au poids; qu’on n’aille plus demander au boulanger un pain de quatre livres, mais quatre livres de pain,—comme on fait chez le boucher, chez l’épicier, etc.,—et toutes les difficultés disparaissent. Cela est simple, clair, sans objection; ce qui n’empêche pas que je serai bien étonné si on profite de l’avis[A].

[A] On en a profité depuis.

3.—Un pauvre saltimbanque, roué de coups par un brutal, porte plainte et fait venir son adversaire devant le tribunal de police correctionnelle. Le pauvre diable est encore tout éclopé.—Plusieurs témoins déposent des faits.—L’agresseur est condamné à... quinze francs d’amende. «Pour qui sont les quinze francs?—Parbleu, pour le plaignant, direz-vous, c’est une faible indemnité pour les coups...—Vous n’y êtes pas le moins du monde. Les quinze francs d’amende sont pour l’État.—Et le saltimbanque?—Le saltimbanque n’a rien.—Pourquoi cela?—Je vais vous le dire: c’est que le saltimbanque est trop pauvre pour s’être porté partie civile, c’est-à-dire pour avoir fait l’avance de certains frais.—C’est-à-dire qu’on ne lui donne pas l’argent précisément à cause du besoin plus grand qu’il en a?—C’est cela même.»

4.—Le ministère a divisé ses journaux en deux camps: les uns plaident pour la paix,—les autres pour la guerre. En général, les journaux du matin,—M. Chambolle en tête, sont plus belliqueux;—ceux du soir sont plus pacifiques;—peut-être ont-ils peur des ténèbres et des revenants?—Les journaux, en très-petit nombre, qui sont restés dans l’opposition, annoncent tous les matins aux puissances contre lesquelles la France est presque en guerre,—la force et la faiblesse de l’armée de terre et de mer;—quels sont les points fortifiés,—et quels sont les points qui ne le sont pas;—le tout enjolivé de dissertations sur la supériorité de l’Angleterre sur la France, etc., etc.