Septembre 1840.
Prohibition de l’amour.—Le pain et les boulangers.—Injustices de la justice.—La paix et la guerre.—La feuille de chou de M. Villemain.—Le roi sans-culotte.—M. Cousin.—M. de Sainte-Beuve.—La pauvreté est le plus grand des crimes.—Les circonstances atténuantes et le jury.—La morale du théâtre.—M. Scribe.—La distribution des prix à la Sorbonne.—L’éducation en France.—Naïvetés de M. Cousin.—M. Aug. Nisard.—Ce que M. Thiers laisse au roi.—M. Hugo.—Monseigneur Affre.—M. Roosman.—M. Gerain.—Les voleurs avec ou sans effraction.—Le roi et les douaniers.—Un chiffre à deux fins.—Comme quoi c’est une dot d’être le gendre d’un homme vertueux.—M. Renauld de Barbarin.—M. Gisquet et ses Mémoires.—M. de Montalivet.—M. de Lamartine.—M. Étienne.—La Bourse.—M. Dosne.—M. Thiers.—La vérité sur la Bourse.—Une petite querelle aux femmes.—Un malheur arrivé à M. Chambolle.—Aphorisme.—Coquetterie des Débats.—Mot de M. Thiers.—La curée au chenil.
AOUT.—1er.—Un tribunal vient de rendre un jugement par lequel un pauvre diable a été condamné «pour excitation à la débauche, dans son propre intérêt, d’une personne au-dessous de vingt et un ans.»—Mais,—mon Dieu!—ce crime est ce qu’on a appelé si longtemps et jusqu’ici d’une foule de noms plus doux et plus innocents, tels que «faire la cour»—«aimer»—«séduire.»
Au-dessous de vingt et un ans! diable!—quels sont les demi-siècles qui ont ainsi influencé la justice—pour se réserver, sous la protection des lois, toutes les excitations à la débauche qui se pourront faire dans leur belle patrie?
Les femmes n’oseront plus se rajeunir;—celles qui encourront la suspicion de n’avoir pas vingt et un ans seront évitées avec horreur par tout bon citoyen, ami des lois et peu ambitieux des travaux forcés;—et, comme il n’est ni poli ni bien reçu de demander l’âge des femmes,—et que d’ailleurs on pourrait être trompé, il sera prudent de ne s’enflammer qu’après la constatation de quelque signe évident de décrépitude chez l’objet aimé.
2.—Il n’est que trop vrai que les hommes en général n’arrivent jamais à trouver ce qui est vrai, simple et juste—qu’après avoir épuisé auparavant ce qui est faux, tourmenté et absurde.
On oblige le boulanger, qui vend un pain d’un certain poids, et en reçoit le prix proportionnel, à livrer un pain conforme au poids convenu et payé. Les boulangers cependant encourent chaque jour des amendes et des notes infamantes pour contraventions à ces ordonnances. Ils prétendent que la réduction que souffre le pain pendant la cuisson ne peut être ni prévue ni appréciée d’avance, que la forme du pain, la chaleur du four et une foule d’autres raisons amènent des variations à l’infini.
Que fait l’autorité?—On consulte des chimistes.—Les chimistes font des expériences,—ne sont pas d’accord entre eux,—et finissent par l’être avec les boulangers, en cela qu’ils renoncent à établir combien un pain perd de son poids pendant la cuisson.
Puis on laisse les choses sur le même pied, et on continue à condamner à cinq francs d’amende les boulangers dont les pains n’ont pas précisément un ou deux kilogrammes.