Quand on jette ces grands cris à propos de la Bourse,—le lecteur tranquille des carrés de papier, organes de l’opinion publique,—se représente toujours d’innocents rentiers, des agneaux de rentiers, qui, effrayés par une nouvelle qui les alarme sur l’existence ou sur la solvabilité du gouvernement, se hâtent de vendre leurs rentes pour le prix qu’ils en trouvent, au bénéfice des gens plus habiles qui ont propagé les nouvelles. Je saisis cette occasion de leur dire qu’il n’est rien de tout cela. On ne vend pas et on n’achète pas réellement de rentes à la Bourse.—On parie sur la hausse ou sur la baisse.—A la fin du mois, le vendeur ne livre pas de rentes à l’acheteur; celui des deux qui s’est trompé paye à l’autre la différence qui existe entre le prix auquel il a acheté ou vendu, et le prix auquel la rente est montée ou descendue.
Il n’y a pas à la Bourse des gens innocents qui sont volés par d’autres, il y a des joueurs qui perdent et des joueurs qui gagnent;—seulement, il y a des gens qui trichent, font sauter la coupe et retournent le roi.—Ces gens-là ne sont pas de niais colporteurs de niaises nouvelles sans autorité; ce sont des gens qui jouent contre ceux-là précisément avec de véritables nouvelles dans leur poche.
Quant aux criailleries des journaux contre la propagation des fausses nouvelles, je leur dirai qu’il n’y a pas un journal qui ne mette en circulation, chaque mois, une vingtaine de nouvelles fausses,—les uns sciemment, les autres par ignorance.
—Voir, pour compléter ceci, le numéro de mars.
18.—Il est arrivé un grand malheur à ce pauvre M. Chambolle, député et rédacteur en chef du journal le Siècle. Ledit M. Chambolle, dans le numéro du Siècle d’aujourd’hui 25 août,—numéro tiré à trente-deux mille exemplaires,—ainsi que le journal l’affirme lui-même,—M. Chambolle a imprimé que M. de Lamartine est un niais.
Ce pauvre M. Chambolle,—je prends la plus grande part à l’accident qui lui arrive,—et je le prie d’agréer favorablement mes compliments de condoléances.
APHORISME.—Les injures sont bien humiliantes pour celui qui les dit, quand elles ne réussissent pas à humilier celui qui les reçoit.
—M***, vêtu de noir, avec un crêpe à son chapeau, est arrêté dans la rue par un de ses amis. «Eh mon Dieu! qui avez-vous donc perdu? lui demande l’ami.