17.—Sur la Bourse et sur ce qui s’y passe. Il y a une maison de jeu appelée la Bourse, qui rapporte douze millions chaque année au gouvernement.—Le gouvernement nomme lui-même les croupiers, auxquels il donne le titre d’agents de change,—exige d’eux des cautionnements,—et fait mettre, comme je viens de vous le dire, douze millions aux flambeaux.

La Bourse n’a été construite et instituée que pour y faire, à l’abri de la pluie, des paris sur les fonds secrets.

Il est arrivé, le mois dernier, ce qui arrive tous les mois;—il y a eu des différences à payer; les uns ont gagné, les autres ont perdu.—Mais il est arrivé aussi que des gens qui avaient perdu ou qui n’avaient pas joué croyaient avoir des droits à être de moitié dans le jeu des gagnants, qui, disait-on, n’avaient gagné que par la communication opportune et prématurée des nouvelles du ministère.—Un cri d’indignation s’est élevé du sein des journaux; on a hautement désigné M. Dosne, beau-père du président du conseil, comme ayant fait de gros bénéfices.—M. Chambolle s’est plaint vivement dans le salon de M. Thiers;—on allait jusqu’à désigner celui des embranchements des galeries des Panoramas où se tenait M. Dosne, et d’où il envoyait ses émissaires aux agents de change.

Il y a, dans le jeu que l’on prête à M. Dosne, une particularité assez curieuse. M. de Talleyrand, ministre sous l’Empire, fut accusé de gains énormes faits à la Bourse:—l’empereur le fit venir et lui en fit de vifs reproches. «Sire, reprit M. de Talleyrand, qui avait toujours joué la hausse, je ne joue pas à la Bourse, je ne fais que parier pour Votre Majesté.»

M. Dosne a fait tout le contraire;—il a joué la baisse, et conséquemment parié contre son gendre.

—Les gens les plus forts du parti de M. Molé ont exploité la circonstance, et ont tellement harcelé M. Thiers, qu’il a fini par donner dans le piége où est tombé M. Gisquet, lors de son fameux procès.—M. Thiers a ordonné une enquête pour savoir ceux qui avaient répandu de fausses nouvelles, aux termes de cinq ou six lois contemporaines du maximum et de la loi des suspects,—et qui, si elles étaient suivies, entraîneraient tout simplement la fermeture et la démolition de la Bourse;—attendu qu’elles proscrivent l’agiotage et non certaines irrégularités dans l’agiotage.—Or, elles sont périmées par cela seul que le gouvernement actuel est fondé sur le crédit, et a lui-même institué les jeux de Bourse.

Il est bon d’expliquer la vérité sur tout ceci. L’enquête est une mystification: parce que celui qui a donné une nouvelle l’a toujours reçue d’un autre,—et celui qui a confié une nouvelle fausse peut l’avoir crue vraie. D’ailleurs, je me sens ému de peu de pitié et de sympathie pour des gaillards qui jouent leur fortune sur des nouvelles de la force de celles-ci, qui ont réellement circulé à la Bourse.

Première nouvelle. «Le Taurus a été passé.—Vraiment?—Oui, mais on n’a pu trouver de gué, et on a jeté dessus un pont de bateaux.»

N. B. Il peut y avoir parmi mes lectrices une femme qui ait oublié que le Taurus est une montagne.—Je demande pardon aux autres de le rappeler.

Deuxième nouvelle. «Eh bien! on a pris Candie.—Ah! et qui?—Les Anglais.—Ah bien! ça va faire une fameuse baisse.—Eh! non, ce sont les Français qui ont pris Candie.—C’est égal, ça va faire une fameuse baisse.»