Le conseil de salubrité a pensé sans doute que ce n’était pas avec du patriotisme et de la vénération qu’on embaumait le mieux les grands hommes.

Toujours est-il que M. Gannal accuse hautement le conseil de salubrité d’avoir fait embarquer, à bord de la Belle-Poule, quatre flacons de créosote, substance putréfiante, qui, destinés à embaumer les restes de Napoléon, ne sont propres qu’à les anéantir, et que le conseil n’a fait aucune réponse,—en quoi ledit conseil a eu tort.

M. Gannal se venge de ne pouvoir embaumer l’empereur en faisant son oraison funèbre.

S’il était un homme en France qui dût être à l’abri du barbarisme des cendres de l’empereur,—c’était sans contredit M. Gannal,—car ce qu’il avait à dire excluait entièrement cette métaphore.—Eh bien! il a demandé à embaumer les cendres de Napoléon.

Cela me rappelle cet homme qui avait empaillé la barbe d’un chef sauvage.

2.—Dans une émeute,—je ne sais plus laquelle,—un garde national se fracassa la main en chargeant son fusil et perdit un doigt.—M. Ganneron, colonel de la légion, alla le voir et lui fit de magnifiques promesses.—Rien ne serait au-dessus de la récompense de son courage et de sa maladresse. On lui donnerait entre autres choses la croix d’honneur comme à tout le monde, etc., etc.

Le blessé, guéri, alla voir M. Ganneron et lui parla de la croix. «La croix, dit M. Ganneron, est-ce que vous tenez beaucoup à la croix? Que diable voulez-vous faire de la croix?—on ne la porte plus.—Moi qui vous parle, la moitié du temps je ne la mets pas;—ne demandez donc pas la croix.»

Notre homme se rendit aux conseils de M. Ganneron, n’osant plus montrer d’empressement pour une chose dont son protecteur faisait si peu de cas.

Un mois après, M. Ganneron, simple chevalier jusqu’alors, se faisait nommer officier de la Légion d’honneur.