13.—On ne peut se dissimuler ceci,—c’est que nous sommes en plein gâchis.—M. Thiers avait été au pouvoir à une époque où le pouvoir était comme un cheval de manège, qui tourne de lui-même, change de pied quand il en est besoin, etc.
Il a trouvé l’allure douce,—il a voulu recommencer, et le voilà en selle;—mais cette fois, le cheval est dehors.—Il a aspiré l’air,—il a gagné à la main—et il s’est emporté;—l’écuyer présomptueux, qui a perdu les étriers, se cramponne de ses petites jambes et de ses petits bras,—empoigne la selle,—la crinière,—et le cheval va franchissant les fossés et les haies jusqu’à ce qu’il trouve un mur pour se casser la tête.
M. Thiers, troublé, étourdi,—ordonne,—signe,—bouleverse.—Tout le monde le laisse faire.—Il a renversé le ministère, ou plutôt les ministères précédents, parce qu’ils n’étaient pas assez parlementaires,—et lui décide, sans assembler les Chambres, les questions les plus graves.—Il dépense des millions sans contrôle.—Deux ou trois journaux seulement, je ne dirai pas ont gardé l’indépendance,—mais ne dépendent pas de lui.
La France est sur le point d’avoir la guerre contre toute l’Europe,—et cela, peut-être, est décidé et commencé au moment où j’écris ces lignes.
M. Thiers est maître de tout.—Son vertige semble avoir gagné tout le monde.—Deux ou trois voix étouffées crient inutilement dans le désert.—M. Thiers joue la France à pile ou face, et la pièce est en l’air.
13.—M. Arago dîne à Tours, et boit à la réforme électorale.
14.—Voici une autre chose. On parle de mobiliser la garde nationale,—c’est-à-dire que d’un mot, et parce que cela lui plaît, M. Thiers va envoyer tout le monde aux frontières,—vous arracher tous à vos affaires,—à vos plaisirs,—à vos amours,—à votre liberté.