Mais voici la nuit,—de petits génies, des gnomes invisibles, viennent enlever aux choses de la terre les couleurs qu’ils leur ont prêtées pendant le jour; ils vont les serrer au ciel, où ils remontent sur les derniers rayons du soleil qui disparaît; ils enlèvent d’abord le bleu.—Regardez autour de vous,—vous voyez encore sur le mur cette giroflée sauvage dont les fleurs tardives sont jaunes,—et ce drapeau, dont une partie est rouge;—mais ce qui était bleu tout à l’heure n’a plus de couleur;—après le bleu, ils emportent le vert,—puis le rouge;—le jaune et le blanc restent les derniers.
On nous enlève nos bougies à dix heures:—j’en ai demandé la raison à M. Richard, notre geôlier;—il m’a répondu par cette phrase rassurante: «La maison est toute en bois et si vieille, que, si le feu prenait, je n’aurais peut-être pas le temps de vous ouvrir les portes.»
Or cette cause n’est qu’un prétexte,—et le couvre-feu une des mille taquineries infligées aux criminels,—attendu qu’on nous laisse des briquets et que l’on peut fumer toute la nuit, si l’on veut.
J’ai renouvelé une question que j’avais faite à une visite précédente, et j’ai obtenu la même réponse.
—Comment chauffe-t-on ici?
—Avec des calorifères.
—Y fait-on du feu?
—Non, monsieur.
Quelque froid qu’il fasse on ne fait point de feu avant le 16 octobre. Les poêles sont démontés.
Tout dans la prison affiche une énorme prétention à l’égalité.