L’égalité, ce rêve d’envieux réalisé par des imbéciles au profit des culs-de-jatte intrigants.

Après avoir longtemps cherché, j’ai découvert que le moyen d’arriver au plus haut degré de l’inégalité est cet absurde système d’égalité qui bouleverse tout depuis tant d’années, et je le prouve.

Pour le même crime on doit chercher non pas le même moyen de punition, mais un degré égal de punition.

Ici, pour l’égalité, les chambres sont de la même grandeur.

—On ne reçoit par jour qu’une ration de vin fixe et la même pour tous;—on ne peut avoir de feu que le même jour et à un degré égal,—etc., etc.

J’ai, dans un cachot voisin, un homme qui d’ordinaire ne sort jamais de chez lui,—un autre a l’habitude et conséquemment le besoin de boire une bouteille de vin à chaque repas;—un autre se couche à la nuit et aime dormir quatorze heures, moi je demeure dans un jardin,—j’ai toujours vécu au grand air et à la mer,—je suis donc plus puni que le premier.

Je ne bois pas de vin,—le second est plus puni que moi.

Je dors peu—et j’aime veiller,—lire ou rêvasser la nuit; je serais donc traité bien plus sévèrement que le troisième si je n’avais pas su éluder le couvre-feu.

Et pour cette égalité de chauffage—il faudrait que tous eussent une égale sensibilité au froid.—J’ouvre mes fenêtres aujourd’hui, et mon ami le poëte Méry mourrait littéralement de froid, lui qui à Paris sortait avec trois manteaux, et n’ose plus revenir ici par crainte et par souvenir du froid qu’il y fait.

A l’imitation de divers prisonniers célèbres,—j’ai cherché une araignée pour l’instruire;—j’en ai trouvé une petite noire, mais elle montre peu d’aptitude.