Nous restons dix-neuf heures bouclés,—à midi nous pouvons circuler dans une cour et dans un promenoir où nous avons le droit de lire une ordonnance affichée sur les murs, laquelle porte qu’on ne nous enfermera qu’à neuf heures,—ce qui n’empêche pas qu’on nous fait remonter et qu’on nous enferme à cinq heures.
Nous ne pouvons recevoir personne dans nos chambres,—nos visiteurs ne sont admis que dans un parloir où on raccommode du linge et où on peigne des enfants. Il faut causer à l’oreille de ses amis, auxquels il n’est pas permis de pénétrer dans la cour. C’est sans doute pour les empêcher de respirer le même air que les criminels qu’on nous oblige à les recevoir dans un endroit où il n’y a pas d’air.
On m’appelle,—Vingt-trois, d’après le numéro de ma chambre.
La cantinière porte un violent coup sur l’œil.
—Le restaurant de la prison est un homme fort zélé pour l’institution de la garde nationale, qui croit ne pouvoir trop dépouiller de leur argent les récalcitrants. L’autorité a eu soin de lui imposer un tarif,—ce qui ne l’empêche pas de me vendre sur le pied de cinq francs la livre—la bougie, qui coûte, je crois, quarante sous.—Je garde une carte fort curieuse par le mépris du tarif.—J’en citerai seulement deux exemples:
Le tarif porte:—gigot, soixante centimes.
Ma carte: gigot, un franc cinquante centimes.
Supposez une portion double,—cela fait un franc vingt centimes.
Supposez-la triple,—ce serait un franc quatre-vingts centimes.
Il faut donc supposer, pour se mettre d’accord avec le tarif, que j’ai eu deux portions et demie.