Si ce verdict est le résultat d’un doute—les jurés devaient absoudre:—dans les deux cas, ils ont manqué à leur devoir.
Je ne dirai pas ici mon opinion sur cette affaire:—quelque faible que soit son poids, je ne voudrais pas mettre ce poids, fût-ce celui d’un grain d’orge, dans un des plateaux de la balance jusqu’à ce que l’affaire soit terminée. Madame Lafarge a interjeté appel.
Toujours est-il que dans ces débats, à propos d’un crime sur lequel on n’a encore rien décidé,—il s’est révélé bien des choses sur bien des personnes,—ce qui me remet en la mémoire une grande vérité que me disait un jour un philosophe allemand, un de mes amis.
—Je divise le monde en deux classes,—me disait-il:
Ceux qui sont pendus,
Et ceux qui devraient l’être.
Je ne suis pas obligé de cacher à la science qu’elle a joué un rôle bien médiocre dans cette affaire. Et le génie, à la fois terrible et grotesque d’Hoffmann, n’aurait jamais osé inventer ce qui s’est passé pendant ces incroyables débats.
On a déterré un homme,—un cadavre déjà si décomposé qu’on n’a pu en prendre quelques morceaux qu’avec une cuiller.—Les chimistes discutaient sur les parties préférables.—Prenez un peu de foie,—un peu d’estomac,—bien! Encore un peu de foie,—c’est bien!
Ils s’en vont dans une cour,—une cour sur laquelle s’ouvrent les fenêtres du palais de justice;—ils font cuire ce qu’ils ont apporté, bientôt une odeur horrible se répand dans l’auditoire;—les juges, les avocats, l’accusée, les témoins sont suffoqués.—Qu’est-ce? c’est l’odeur de M. Lafarge qu’on fait cuire.—L’avocat général seul ne sent rien.—Pour un avocat général, c’est encore fade; il faut que ce soit plus relevé pour frapper son odorat.
Pendant ce temps, les chimistes surveillent leur infernale cuisine:—Est-ce assez cuit?—Non, pas encore,—encore un bouillon.—Qu’est-ce auprès de cela que les sorcières de Macbeth?