Hier notre ami B... nous a donné un remarquable dîner de condoléance;—c’était un dîner funèbre à l’imitation des anciens,—un magnifique convoi de quatorze couverts. On a servi un tombeau de nougat, surmonté d’une énorme guêpe.—La pauvre bête!—j’ai reconnu Padocke,—était étendue sur le dos,—les ailes froissées,—les pattes roides.—Une balance, qui fut jugée par les convives être celle de la justice,—l’écrasait de son fléau. On m’invita à briser le nougat,—ce que je fis en détournant la tête;—jusque-là, je n’étais semblable qu’à Agamemnon ou à Jepthé qui sacrifièrent leurs filles;—mais bientôt je dévorai ma part de l’infortunée Padocke,—et je fus comparé à Ugolin, qui mangea ses enfants pour leur conserver un père.

Du nougat en morceaux sortit le dernier volume des Guêpes.—On en lut le dernier chapitre à haute voix, en forme d’oraison funèbre,—et on fit de fréquentes libations avec le meilleur vin du Rhin que j’aie bu de ma vie:—«Nous appelâmes par trois fois les Guêpes et nous leur dîmes adieu.»

Ainsi donc mes Guêpes sont un ouvrage terminé par autorité de justice,—et je n’écrirai plus rien sous ce titre.—Mes Guêpes sont mortes,—je vous laisse le soin de leur épitaphe, seulement j’imiterai la femme de ce marchand enterré au Père-Lachaise, et je graverai sur le marbre: «LEUR PÈRE INCONSOLABLE CONTINUE LE MÊME COMMERCE RUE NEUVE-VIVIENNE, 46.»

Je commence aujourd’hui un autre ouvrage en treize volumes.—Douze de ces volumes formeront l’histoire anecdotique des sottises de l’année.—Le treizième sera un roman.—Vous trouverez le détail de tout ceci sur la couverture.

Mes amis m’ont envoyé de tous côtés des titres pour remplacer celui qui m’est interdit.

—Les Frelons.

—Les Bêtes à bon Dieu.

—Les Guêtres.

—Les Mois.