J’avouerai aussi que je ressens d’ordinaire un enthousiasme fort modéré à l’avénement d’un nouveau ministère, quand je songe que, vu le cercle d’une trentaine d’hommes dans lequel on prend toujours les ministres,—chacun des arrivants a déjà au moins une fois été rejeté comme incapable ou pis que cela.
Ainsi, dans le nouveau ministère, composé de MM. Soult, Martin (du Nord), Guizot, Duchâtel, Cunin-Gridaine, Teste, Villemain, Duperré, Humann, M. Soult a été antérieurement ministre trois fois,—M. Guizot, trois fois,—M. Duchâtel, deux fois,—etc., etc.;—c’est-à-dire qu’ils ont été deux fois,—trois fois renversés sous les accusations les plus graves.
Pendant ce temps, le peuple, sous prétexte d’émancipation et d’instruction,—est devenu l’esclave obéissant des différents carrés de papier qui se publient sous le titre de journaux.—Le peuple s’agite, est mécontent,—malheureux,—sent de nouveaux besoins et perd d’anciennes ressources;—tout le monde l’égare—et le trompe,—et à force d’excitations,
Le peuple le plus gai et le plus poli de la terre n’est pas bien loin d’en devenir le plus misérable et le plus sauvage.
Dans l’espace d’un mois,—deux cents hommes ont assassiné le sergent de ville Petit.—Darmès a tiré un fusil chargé à mitraille sur un vieux roi, et sur sa femme et sa sœur.—Un ancien soldat, Lafontaine, s’avançant seul, sans armes, avec des paroles de paix, au-devant d’une foule furieuse, a été lâchement frappé par derrière d’un coup de couteau.
La forêt de Bondy ne sert plus d’asile au moindre brigand; la forêt Noire elle-même n’est plus fréquentée que par d’honnêtes charbonniers et de plus honnêtes fabricants de kirschenwasser, qui s’occupent à cueillir des merises sauvages. Le passage le plus périlleux que l’on connaisse aujourd’hui est le trajet des Tuileries à la Chambre des députés.
Le nouveau cabinet se compose de débris des divers cabinets précédents.—Ses partisans l’appellent—ministère de réconciliation.—Ses adversaires,—ministère de l’étranger.—Ceci est le cri de ralliement.