Mais ce serait peu pour un protégé par le Journal des Débats.—Il n’est pas jusqu’aux deuils publics qui ne soient pour M. Berlioz un sujet de joie et une source de gloire.—Le duc de Trévise est tué par la machine de Fieschi.—On demande une messe à M. Berlioz;—on ne joue pas sa messe, on indemnise M. Berlioz.

—Sois tranquille, ô mon fils! disait le Journal des Débats;—attends avec patience la première calamité, elle est à toi, je te la donne d’avance.

Et M. Berlioz regardait mourir les illustrations, attendant qu’il s’en trouvât une digne de sa messe.

—Faut-il entonner? disait-il à chaque mort.

—Pas encore.

Enfin le général Danrémont fut tué devant Constantine,—et le Journal des Débats dit à M. Berlioz: «Prends ta harpe, mon fils, et chante-nous un peu ta messe

M. Berlioz a chanté,—et il a été décoré;—puis on l’a chargé de l’hymne de l’anniversaire des journées de Juillet.—Il a plu à M. Berlioz de donner un festival dans la salle de l’Opéra, et la salle de l’Opéra lui a été confiée;—il lui a plu de conduire l’orchestre,—et Habeneck lui a cédé son bâton de commandement.

Cependant ici a failli reparaître l’ancien guignon de M. Berlioz: les musiciens de l’orchestre ont refusé de jouer sa musique, et ont écrit au ministre de l’intérieur pour demander à aller ce jour-là travailler aux fortifications de Paris.—Aux répétitions, les cors se sont mis à jouer dans un autre ton que le reste des instruments;—la trompette à clef, au lieu de compter les pauses, a joué: Au clair de la lune, mon ami Pierrot;—les cordes des basses, coupées à moitié, ont éclaté au milieu d’une mesure avec un horrible bruit;—derrière les pupitres se sont fait entendre des cris de divers animaux avec des explications bouffonnes:—CCOCORICO, le coq, armes de France;—MIAOU, la chatte amoureuse;—OUAP, OUAP, le petit chien qu’on lui marche sur la patte, etc., etc.—On se rappelait qu’à un concert donné, il y a quelques années, par M. Berlioz, au Théâtre-Italien,—les musiciens avaient été engagés jusqu’à minuit;—au milieu d’un morceau, l’un d’eux tira sa montre, avertit ses camarades qu’il était minuit, et, sans achever la mesure, tous éteignirent leurs bougies, serrèrent leurs instruments, et quittèrent le théâtre.

Pour cette fois, cependant, les choses se sont arrangées et la représentation a passablement marché.