M. Sébastiani a été nommé maréchal de France le 21 octobre, c’est-à-dire le jour anniversaire d’un jour où il se laisse surprendre par les Cosaques et enlever cent voitures de bagages et cent prisonniers,—le 21 octobre 1812.
Les jeunes journaux rendent la vie bien amère à leurs anciens sur lesquels ils ont l’avantage de n’avoir pas d’antécédents.—Ils fouillent dans leurs vieilles années et en exhument des palinodies presque incroyables. Je ne connais rien de plus complet en ce genre que deux numéros de la Gazette de France, publiés le 20 et le 21 mars 1815, dans l’espace de vingt-quatre heures.
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GAZETTE DE FRANCE. Lundi 20 mars 1815. FRANCE. |
GAZETTE DE FRANCE, Mardi 21 mars 1815. EMPIRE FRANÇAIS. |
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M. le prince de la Tremouille est entré hier au soir, à huit heures et demie, dans nos murs. Ce prince a été salué par le cri national de: Vive le roi! devenu le cri de ralliement pour tout ce qui porte un cœur français. On attend demain le duc de Bourbon. La vue de ce prince nous rappellera quel est l’homme qui voudrait envahir l’héritage du bon Henri, et NOUS serons glorieux de marcher, s’il le faut, sous les ordres d’un descendant du grand Condé. —Les 16, 17 et 18, les troupes de toutes armes, destinées à marcher contre l’ennemi, sont sorties. Bonaparte, qui est parti d’Autun le 16, continue à répandre sur sa route le mensonge, la corruption, l’appel au parjure et la calomnie. Mais l’opinion le repousse avec horreur: la France ne voit en lui que la guerre civile et la guerre étrangère, qu’il traîne à sa suite; elle se rallie tout entière au seul nom de ce roi qui lui a apporté la paix et la liberté. Elle unit son amour aux respects de l’Europe pour son auguste monarque! elle combattra, elle vaincra, et pour elle et pour lui. Le temps n’est plus où des agitateurs pouvaient compter sur la facilité du peuple français pour le séduire, l’entraîner dans les plus affreux égarements, et l’employer lui-même à opérer son propre malheur. L’armée, toujours fidèle à l’honneur, à son prince, à la patrie, ne servira point l’ambition de ses plus cruels ennemis! Elle servira jusqu’à la mort son souverain légitime. |
Aujourd’hui, entre huit et neuf heures du matin, l’empereur, dont la marche a été retardée par l’affluence immense du peuple accouru de toutes parts sur sa route, est descendu aux Tuileries. Il n’y a pas d’expressions pour rendre l’enthousiasme et les acclamations des citoyens de Paris rassemblés dans les Tuileries, sur le Carrousel et dans tous les environs. Le peuple a partagé tous les nobles sentiments des soldats. Napoléon a débarqué avec une poignée d’hommes, il est vrai; mais à chaque pas, il a trouvé des amis fidèles et des légions dévouées. Il lui a suffi de se présenter devant elles pour être à l’instant même reconnu et salué comme leur empereur et leur père, il lui a suffi de se présenter devant le peuple pour réveiller partout le profond sentiment de la gloire nationale. Hier encore on nous disait que l’empereur Napoléon traînait à peine quelques hommes à sa suite, que la désertion régnait dans ses troupes, accablées de fatigues et exposées à tous les besoins. Il faut plaindre ceux qui ont pu recourir à un pareil système le déception. Partout les légions et le peuple réunis lui ont ouvert les portes des villes; offert leurs bras et leur courage. Oui, le mouvement qui vient d’éclater fait renaître les beaux jours où l’armée et le peuple confondaient leur enthousiasme pour la liberté. Ceux qui ont voulu faire marcher nos soldats contre l’empereur ne connaissaient pas l’ascendant de la gloire sur les cœurs français. Vous revoyez dans Napoléon celui qui, conduisant toujours nos phalanges à la victoire, éleva au plus haut degré la gloire des armées et du nom français. |
M. BERLIOZ ET LE FESTIVAL.—Je ne crois pas que jamais un homme ait eu à subir autant de contre-temps que M. Berlioz;—à son début, cependant, il fut soutenu par deux classes de gens: par de jeunes artistes qui voudraient voir détruire les règles pour n’avoir pas à les apprendre,—et par quelques journaux—ennemis de tout ce qui a forme ou figure de loi; celles de l’harmonie comme celles du code; comme celles du bon sens;—comme celles du savoir-vivre;—c’est ce qu’ils se plaisent à appeler leur indépendance.
Après des difficultés inouïes, surmontées avec courage, noblesse et persévérance,—M. Berlioz trouva MM. Léon de Wailly et Barbier, qui lui firent un opéra;—cet opéra, écrit par des hommes d’un talent réel,—avait, même pour nous, qui n’aimons pas la musique de M. Berlioz, d’incontestables qualités.
On promena M. Berlioz de l’Opéra à l’Opéra-Comique; on lui fit réduire sa pièce de trois actes en un, après quoi on la trouva trop courte.—On obtint de M. Armand Bertin, du Journal des Débats, qu’il consentirait à entendre quelques airs. M. Armand Bertin, gros homme assez commun, hocha la tête,—et M. Berlioz perdit tout espoir d’être jamais représenté.
Mais lors de Quasimodo, opéra de la fille du Journal des Débats, on eut un peu besoin de M. Berlioz, et on l’attacha au journal. De ce jour, toute sa destinée changea, tous les bonheurs lui tombèrent sur la tête comme des tuiles.—Un nouveau collaborateur, un des noms les plus illustres de la littérature, M. Alfred de Vigny, vint jeter encore quelques perles dans le poëme (les Ciseleurs), et l’opéra fut joué.