Il est bon, pour édifier nos lecteurs sur la majesté de la royauté constitutionnelle, de bien leur dire ce que c’est que le discours du roi,—que l’on appelle, dans l’argot de ce temps-ci, discours du Trône,—ou discours de la Couronne.

Ce discours est fait par les ministres—constitutionnellement, le roi ne doit prendre aucune part à sa rédaction;—il l’apprend par cœur et le lit à la Chambre à peu près comme un enfant récite une fable. Dans le plus grand nombre de cas, on peut, il est vrai, supposer que le roi, qui choisit ses ministres,—n’a à répéter que l’expression de sa propre pensée;—cependant la majorité peut forcer le choix du roi, et il lui faut alors dire des choses dont il ne pense pas un mot, et dont il pense précisément le contraire.

Le discours du roi a été fait par les ministres, dont deux sont membres de l’Académie française.—Il est impossible de rien voir de plus plat, de plus nul,—de plus mal écrit—que ce discours.

Si ce n’est pourtant l’adresse en réponse au discours, qui est encore bien plus plate, bien plus nulle et bien plus mal écrite.—Il y avait dans la rédaction de l’adresse trois académiciens.

Dans la nomination de la commission de l’adresse, on a remarqué que M. de Lamartine a obtenu une voix; M. de Salvandy, trois; M. Dupin, six.—C’est-à-dire que le nombre des suffrages est en raison inverse du talent littéraire de chacun des concurrents.

D’ordinaire les sots importants et les sottises sérieuses ont soin de se bien habiller, sachant bien que c’est le seul mérite qu’il leur soit permis d’atteindre.—Je n’ai jamais vu de sottises plus mal vêtues que celles du discours et celles de l’adresse.

Il y a des gens qui ont un procédé facile pour paraître bien informés, c’est la contradiction; ces gens-là ont dit que l’adresse si hautement revendiquée par Me Dupin avait été faite par le roi, qui se vengeait de ne pouvoir parler lui-même—en se donnant le plaisir de se répondre.—On a été jusqu’à préciser le nombre des couverts de vermeil qui auraient été donnés par le roi à Me Dupin—pour récompenser sa complaisance.—Ces bruits, qui n’ont aucun fondement, n’en ont pas moins pour cela trouvé de l’écho. Me Dupin, dans son adresse, donne au roi plusieurs conseils fort utiles, tels que de s’entourer de conseillers fidèles et éclairés.—Cela me rappelle ce conseiller municipal qui pendant une longue sécheresse—interrompit une délibération—demanda la parole et dit: «Il serait bien à désirer qu’il vînt de la pluie.»—Après quoi il conseille à Louis-Philippe de se fier à son étoile, c’est-à-dire de s’en rapporter à la Providence, qui est le nom chrétien, le nom de baptême du hasard.—Ce qui n’a pas paru d’une politique bien transcendante.