Plusieurs journaux et plusieurs personnes de la cour ont cru imaginer une flatterie gracieuse—en rappelant, à propos du voyage que la reine d’Espagne a fait à Fontainebleau,—le séjour qu’y a fait autrefois une autre reine et une autre Christine,—qui y fit assassiner son amant, Monadelschi,—et qui, bien plus encore,—parlait latin, était fort laide—et s’habillait presque en hussard.
M. Thiers et le gouvernement avaient les idées les plus fausses sur la situation de l’Égypte et sur la puissance du pacha.—M. Cochelet était là et n’y voyait rien. M. Drovetti, qui n’a jamais eu une position officielle, était mieux éclairé.—Ainsi, un jour, à Auteuil, tandis que M. Thiers se livrait à des développements de théories singulières à propos de l’Égypte, M. Marochetti, le sculpteur, qui est très-familier dans la maison et qui a été renseigné par M. Drovetti, disait à demi-voix à une autre personne: «Mon Dieu, comme on le trompe!»
Pour les fêtes des Cendres de l’Empereur,—on annonce que l’on chantera une messe de Chérubini,—la même qui a été chantée à la mort de Louis XVIII.—Il semble qu’on aurait bien pu faire pour Napoléon les frais d’une messe neuve, qui n’eût pas servi.—Les héros ne sont pas si communs,—et, grâce au gouvernement constitutionnel et à la presse,—deux choses puissantes sans être grandes,—envieuses et aimant à rapetisser,—ils sont aujourd’hui à peu près impossibles.
Si cependant on ne pouvait faire autrement que de lui donner une messe d’occasion,—il y eût eu plus de convenance à ne pas prendre précisément la messe faite pour Louis XVIII.
M. Thiers va décidément écrire son histoire du consulat.—M. Thiers écrit l’histoire comme il la fait,—c’est-à-dire qu’il oblige les faits à entrer bon gré, mal gré, dans les nécessités d’une idée plus ou moins fausse qu’il s’est formée d’avance.—Cette période si courte n’aura pas moins de dix volumes.
M. Vivien, à sa sortie du ministère, s’est fait inscrire sur le tableau des avocats.—Il est à la fois ignoble et immoral qu’on ait retranché la pension de vingt mille francs qu’on donnait autrefois à un ministre.—Un ministre sans fortune est placé entre deux nécessités.—Il faut qu’il se fasse de quoi vivre pendant qu’il est aux affaires,—ou qu’il rentre tristement dans une carrière abandonnée et souvent perdue. Ainsi, je ne confierais pas une affaire importante à M. Vivien, qui serait obligé de la plaider devant des juges auxquels, pour la plupart, il est impossible qu’il n’ait pas eu quelque chose à refuser pendant qu’il était au pouvoir.