M. Denon fut chargé par le gouvernement d’en tenter l’essai. M. Denon s’entoura de ce que l’école française comptait de grands talents; et ce fut avec le concours de Gros, de Girodet, de Gérard et de quelques autres qu’il entreprit cette difficile opération, blâmée tout d’abord par le public, qui criait au sacrilége de ce qu’on osait toucher à ces reliques.

Un procédé de nettoyage fut adopté, et l’on exposa publiquement plusieurs tableaux nettoyés à moitié.

Cette exposition satisfit complétement. Ces hommes habiles firent eux-mêmes les restaurations, et la France posséda le plus beau musée du monde et celui où les tableaux étaient dans le meilleur état.

Canova lui-même, chargé par les puissances alliées, en 1815, de présider à notre dépouillement, convenait qu’il y avait une sorte de profanation à détruire une chose aussi complète et dont la plupart des pages importantes avaient été ressuscitées par les soins et le talent de nos artistes. Après 1815, M. de Forbin fut nommé directeur général des musées royaux.

Depuis vingt-cinq ans tous ceux qui sentent la peinture voient chaque jour détériorer notre précieux reste de collection, à ce point qu’on le croirait livré à une secte d’iconoclastes qui travaillent incessamment à l’anéantissement des bons modèles.

Les moyens conservateurs qui sont d’un effet lent, mais certain, ne conviennent pas à l’entreprise, qui cherche un bénéfice sur les travaux qu’elle fait exécuter au rabais par ses badigeonneurs à la journée.

On récure avec l’ammoniac ou l’alcali ces tableaux que l’on veut dévernir. On risque de les perdre comme on a fait d’un magnifique Largillière, que l’on a fait gercer à ne plus oser le montrer; mais cela va vite, cela suffit. Ou bien on accumule les uns sur les autres une multitude de vernis, dont on fait une croûte opaque qui empêche de voir le ton du maître. C’est ce qui arrive pour presque tous nos tableaux italiens. Ou pourrait, un par un, examiner tous les tableaux du musée du Louvre, et il ressortirait de cet examen la preuve de cette industrie coupable.

Sous le nº 94 du livret, qui représente le Crucifix aux anges, de Lebrun, vous verrez un des plus funestes exemples que je puisse citer, tant le côté gauche du tableau est couvert du plus pitoyable barbouillage.

Le nº 1304, l’Expérience, charmant tableau par Mignard, dont le ciel, entièrement refait par un infime talent, fait mal aux yeux par son manque d’air et le ton criard qui ôte toute l’harmonie de cette œuvre.

Le nº 184, qui est la ravissante Sainte Cécile du même maître, est tacheté de mauvais repeints, heureusement dans les accessoires.