Mais que dire du nº 684, le Triomphe de la Religion, par Rubens? L’aspect de ce tableau dans l’état où on l’a mis justifie toutes les expressions de dégoût et de colère que l’on peut employer. Ce tableau est maculé de la manière la plus incroyable; une barre épaisse, et plus grossièrement mastiquée que par le plus maladroit des vitriers, le traverse par sa moitié, et un barbouillage d’un ton faux est frotté négligemment sur les épaisseurs, de façon à en faire mieux voir la grossièreté. S’il y a un motif ou une excuse à un pareil fait quand on a à sa disposition tous les moyens connus, et qu’il y a dans un pays des hommes de talent, il faut se hâter de le faire connaître, sous peine d’encourir le blâme le plus énergique.

On peut en dire autant du Jules Romain nº 1073, la Nativité, tableau fendu et qui se perd faute de soin; des affreux repeints du Jupiter et Antiope, du Corrége, nº 955, et de tant d’autres! Mais que faire et que dire contre une administration et une agglomération de médiocrités qui vivent dans l’abondance de cette exploitation, et dont l’existence dépend du succès de leur guerre à tout ce qui est intelligence et progrès!

M. de Forbin est le directeur des musées, MM. de Sénonne et Granet sont les cornacs de cette ménagerie mâle et femelle de barbouilleurs à la journée, qui se ruent sur les tableaux pour faire curée de chaque jour; et comme tout cela occupe toutes les issues, cultive toutes les protections et accapare tout, cela a toutes les chances de durée. En voulez-vous un exemple? Un homme animé du sentiment des arts a trouvé un moyen de nettoyer les tableaux vernis, sans nuire à l’éclat du vernis, ce qui est d’un avantage immense pour la conservation de la peinture, puisque, une fois bien vernis, on peut ne jamais dévernir. Cet homme a cédé à la sollicitation d’un des membres de l’Académie et a soumis son procédé à l’examen de la section de peinture. L’expérience est venue justifier tous les désirs de l’inventeur, et l’on a, séance tenante, résolu qu’un rapport favorable serait fait. Mais qu’est-il arrivé? On a réfléchi qu’une pareille attestation pourrait mener à une application aux tableaux du musée et dérangerait l’exploitation si productive de messieurs tels et tels; et l’Institut a naïvement fait écrire, par son secrétaire, que la commission nommée pour examiner ce procédé, n’étant pas suffisamment éclairée, n’avait pas décidé qu’elle ferait un rapport. La logique conduisait naturellement à un nouvel examen si le premier ne suffisait pas; mais l’Institut est au-dessus de ces misères.

C’est une singulière société que celle-ci,—où la bourgeoisie qui est arrivée à tout,—qui est comblée de tout,—loin de songer à défendre sa conquête,—n’a pu perdre sa vieille habitude de crier.

TYPE.—M. Ganneron—que le gouvernement actuel a trouvé épicier,—et qui est devenu.

Membre de la Chambre des députés,—vice-président de la Chambre,—membre du conseil général du département,—commandant de la Légion d’honneur,—colonel de la 2e légion de la garde nationale,—et qui danse généralement les premières contredanses avec les filles et les brus du roi.

M. Ganneron est mécontent.

M. Ganneron qui a gagné cent mille livres de rente aux arts utiles de la paix (commerce de chandelles en gros, demi-gros et détail), M. Ganneron demande la guerre.

M. Ganneron qui, sous le ministère Perrier, en 1831, fut l’auteur de l’ordre du jour motivé qui sanctionna l’inaction politique de la France pour l’infortunée Pologne.