Voyez un peu ce qu’allait devenir le gouvernement, si je n’avais pas eu, il y a un an et demi, l’idée de faire paraître les Guêpes!
J’ai chargé mon ami B... d’examiner la question.
Si la loi ne me condamne pas au timbre,—je ne me laisserai pas timbrer, et je soutiendrai contre M. le directeur tel procès qu’il faudra.
Si la loi me condamne, je me soumettrai sans murmurer;—seulement je ferai d’abord à M. le directeur des domaines,—puis, à son refus, aux tribunaux, la question que voici:
Le timbre a-t-il pour but d’assurer le payement d’un impôt—ou de salir les livres?
Si l’on me répond que le timbre a pour but de salir les livres, le but est rempli, je n’ai rien à dire.—Voyez par avance, sur votre journal, le joli effet que produit ce pâté noir, et représentez-vous celui qu’il produirait sur une page des Guêpes, qu’il couvrirait tout entière.
Et il me faudra deux timbres par numéro; alors je laisserai cette page en blanc, en mettant seulement au-dessous du cachet du fisc: page salie par le fisc.
Si on me dit que le timbre n’a pour but que de marquer les exemplaires qui ont payé l’impôt, pour ne pas le leur demander deux fois, et ne pas oublier surtout de le demander aux autres,—je demanderai quelle nécessité il y a que le timbre soit un gros cachet sale, pourquoi le timbre, qui occupe un petit coin de la grande feuille d’un journal, ne serait pas proportionné au format d’un livre; pourquoi on n’aurait pas un peu plus d’égard pour un livre imprimé sur de beau papier, et qui doit rester pour former collection, que pour un journal qui n’a que six heures à vivre?
Pauvre gouvernement! quel bonheur pour lui que j’aie fait imprimer le volume des Guêpes le 1er novembre 1839! où en serait-il aujourd’hui?