Il est surtout connu comme auteur, en société avec M. Duvergier de Hauranne, d’une chanson fort spirituelle, dit-on, sur un sujet dont le nom, emprunté à la perfide Albion,—ne peut guère se dire et ne peut pas s’imprimer.—

La cérémonie du retour de Napoléon a été funeste au gouvernement de Juillet.—M. Gabrie, maire de Meulan, avait tout préparé pour recevoir dignement à son passage, sous son pont,—un assez vilain pont, du reste,—les bateaux qui rapportaient l’empereur.—Les bateaux ont passé trop vite,—les préparatifs de M. le maire ont été perdus; quelques habitants de la commune ont plaisanté, et M. Gabrie, exaspéré, a écrit au préfet de Seine-et-Oise une longue lettre pleine d’une amertume bouffonne, qui se termine ainsi:

«Depuis dix ans, monsieur le préfet, nous avons traversé bien des jours d’inquiétude, et toujours je vous ai dit: «Je réponds de ma population; elle est dévouée au roi et à la Révolution.» Aujourd’hui, tout est rompu: il y a irritation profonde contre le gouvernement de la peur partout et toujours; il y a mépris évident pour celui de la dignité duquel on a fait si bon marché; je ne puis plus dire: «Je réponds.»

Dans cette position, je crois devoir vous adresser ma démission.

GABRIE.»

M. Gabrie n’a pas voulu renoncer à l’encens que reçoit des journaux quiconque est en opposition avec le gouvernement,—à tort comme à raison,—et il a envoyé son épître à diverses feuilles, qui n’ont pas manqué de trouver que ce sont là de nobles sentiments qui honorent un citoyen et flétrissent un gouvernement pusillanime.

Pour nous, il nous est impossible d’y voir autre chose qu’un mélange du Prudhomme de Monnier et du tambour-major de Charlet:—«Je donne ma démission; le gouvernement s’arrangera comme il pourra.»

Jusqu’ici on ne connaissait pas assez la population de Meulan,—ou plutôt la population de ce bon M. Gabrie.—Il paraît que c’est une nation bien terrible, et que, sans l’intervention de M. Gabrie,—elle eût depuis longtemps mis Paris à la raison.—M. Gabrie ne répond plus de rien.—La commune de Meulan va-t-elle se borner à se déclarer ville libre et indépendante, ou viendra-t-elle assiéger la capitale? C’est le premier argument un peu fort que je vois en faveur des fortifications, et, peu partisan, jusqu’ici, des forts détachés et de l’enceinte continue, entre lesquels je n’ai pas vu une grande différence, je me propose d’examiner, avant d’en reparler, si l’état d’irritation où se trouve la commune de Meulan ne les rend pas nécessaires aujourd’hui que M. Gabrie ne répond plus d’arrêter ses indomptables administrés.

Je joindrai ma voix, monsieur Gabrie, aux éloges que vous avez reçus de plusieurs estimables carrés de papier, et je vous rappellerai les exemples des grands hommes qui avant vous ont plus ou moins volontairement renoncé au pouvoir.