LE TOUT EN VINGT LIGNES.

Ce petit livre est le premier de douze volumes semblables qui paraîtront successivement et chaque mois, d’ici à un an.

Ils contiendront l’expression franche et inexorable de ma pensée sur les hommes et sur les choses en dehors de toute idée d’ambition, de toute influence de parti.

Je parlerai sans colère, parce qu’à mes yeux les hommes les plus méchants sont encore plus ridicules que méchants, et que d’ailleurs je suis sûr de leur faire ainsi à la fois plus de tort et plus de chagrin.

Je n’appartiens à aucun parti: je juge les choses à mesure qu’elles arrivent, les hommes à mesure qu’ils se manifestent; je prends peu de choses au sérieux, parce que, n’ayant besoin de personne que de mes amis, et ne leur demandant que leur amitié, je sens, je vois et je juge avec le sang-froid et la gaieté tranquille d’un spectateur passablement assis.

J’adresse mes petits livres aux amis inconnus que je puis avoir dans le monde, aux gens de bonne foi, de bon sens et d’esprit: c’est-à-dire que j’ai pris mes mesures pour n’avoir besoin que d’un petit nombre de souscripteurs.

Nous rirons bien ensemble de bien des gens qui voudraient passer pour sérieux, et nous nous amuserons à mesurer la petitesse des grands hommes et des grandes choses.


Novembre 1839.

Aux amis inconnus.—Le gouvernement et les portiers.—Les partis et leurs queues.—Indépendance des gens de lettres.—Le roi des tragédies.—N’importe qui premier.—Ce que signifient les prodiges.—Gouvernement des marchands de peaux de lapin.—Consciences à trois francs.—Voyage du duc et de la duchesse d’Orléans.—Porte-crayons en or, contrôlés par la Monnaie.—L’hospitalité de Bourges.—Chercher Blanqui.—M. Cousin, philosophe cynique.—Les rois et les bergères.—Bon mot de S. M. Louis-Philippe.—Bon mot de M. Thiers.—Mauvais mot de M. de Salvandy.—Sur le jury.—Sur les avocats du roi.—Manière de faire condamner un accusé.—Vol de grand chemin.—M. Laffitte et un cocher.—Les livres.—Les romans.—M. de Salvandy.—Aux gens sérieux.—Parenthèse: les femmes de lettres.—L’école des journalistes.—La Cenerentola et les pieds des chanteuses.—Le Daguerréotype et Christophe Colomb.—Le nez de M. Arago.—Les femmes s’en vont.—Les gants jaunes.—Les écuyères du Cirque.