Il fixa sa résidence à Genève, y épousa une femme genevoise, et se fit naturaliser GENEVOIS vers 1820. Il entra même dans les conseils de la République.

En 1830, voyant une révolution en France, une révolution en Belgique, un soulèvement en Pologne et un en Italie, M. Rossi prit ses mesures pour redevenir Italien en cas de succès; mais, la révolution italienne ayant échoué, il fut Genevois plus que jamais, et fut membre du conseil d’une constitution fédérale qui embrouilla tellement la question, qu’on y renonça.

Une patrie peut venir tout à coup à manquer, il est bon d’en avoir toujours une ou deux de réserve.

M. Rossi avait connu M. de Broglie à Coppet; il avait secondé la politique de la France; ce fut même son rapport sur les affaires suisses, au moment de la révolte des petits cantons, que M. de Broglie fit lithographier pour le communiquer à tous les ministres de France à l’étranger, comme l’exposé de la manière de voir du cabinet français.

M. Rossi était si mauvais Suisse, comme vous voyez, qu’il n’avait presque rien à faire pour devenir Français. M. de Broglie et M. Guizot l’appelèrent en France et lui donnèrent une chaire de droit constitutionnel français. D’abord les élèves s’obstinèrent; une ordonnance rendit les cours de M. Rossi obligatoires pour les examens de droit. Les élèves alors s’y précipitèrent en foule, mais pour tout casser, pour chanter la Marseillaise, et jeter au professeur des pommes cuites et autres. La gendarmerie s’en mêla. Puis, comme tout s’oublie en France assez promptement, la science réelle du professeur triompha des plus rebelles, et son cours est fort suivi. M. Rossi s’est fait naturaliser FRANÇAIS, et il fait partie de la dernière fournée de pairs.

M. Guizot disait hier à quelqu’un: «Voyez Rossi; il s’est confié à moi, et voilà où je l’ai conduit en trois ans.»

Pour M. Rossi, après avoir été tour à tour AUTRICHIEN par hasard, FRANÇAIS par accident, ITALIEN par étourderie, PAPALIN momentanément, NAPOLITAIN par humeur guerrière, et GENEVOIS par amour, il est aujourd’hui et définitivement FRANÇAIS par raison.

«En effet, dit-il, la véritable patrie est le pays où l’on a une bonne chaire à l’Institut, de bons appointements, de bonnes dignités. J’ai essayé de tous les pays, et, comparaison faite, j’en reviens à la France; les autres Français sont Français par hasard, peut-être malgré eux; moi, je le suis par choix et après un mûr examen.»

La cour de Goritz s’amuse aux jeux innocents; en voici un qui a eu beaucoup de succès. On prend la date de diverses époques et on en tire des conséquences.