Et, comme personne ne voulait paraître moins érudit que les autres,—chacun apportait sa liste de noms,—sa kyrielle de mots qu’il ne comprenait pas,—et il ne s’est levé personne pour dire:

Il serait possible que ceux qui pensaient d’une façon en ce temps-là fussent d’une opinion contraire aujourd’hui que les choses sont changées.—Il faut même le croire dans l’intérêt de leur renommée et de leur bon sens; car la France d’aujourd’hui,—ce n’est pas la France de leur temps,—car Paris n’est pas leur Paris, nos passions ne sont pas leurs passions;—car nous ne sommes pas aujourd’hui à une époque guerrière, et la meilleure preuve en est que l’on laisse MM. les avocats parler de guerre et de fortifications—sans qu’il s’élève dans toute la France un immense éclat de rire et de huées universelles.

Vous n’avez pas ri à vous tordre, monsieur, de M. Gouin-Vauban,—de M. Piscatory-Follard? Vous ne vous êtes pas roulé par terre dans des convulsions de gaieté en voyant M. Polybe-Thiers raconter à M. Soult le siége de Gênes, et n’être pas arrêté par le vieux maréchal, qui lui disait en vain: «Mais j’y étais, monsieur;—mais c’est moi qui l’ai fait, ce siége, avec Masséna;—mais j’y ai eu la cuisse cassée,—monsieur.»

Ah! monsieur,—cela était cependant bien plus réjouissant que de me faire passer pour mort.

M. de Lamartine a été courageux et éloquent.—M. Dufaure a été vrai et raisonnable. (Voir plus haut ses remords.)—M. Garnier-Pagès a été non-seulement spirituel et sensé, mais il s’est intrépidement séparé de son parti.

Et on n’a pas compris que Paris devient un château fort du moyen âge,—et que la province est supprimée,—que sur un coup de main,—appelé émeute quand cela ne réussit pas, et glorieuse révolution quand cela réussit,—la France entière, selon le vainqueur, sera livrée aux jésuites ou à la guillotine.