Ainsi, on est venu seulement avec l’intention d’humilier madame Bourgogne devant le monde, sachant qu’à cette heure on en trouve toujours.

Elle fit observer à la gouvernante que ce mot inconvenant la blessait, qu’elle lui renvoyait ce mauvais compliment. (Comme qui dirait: Vous en êtes un autre.) Mademoiselle Trubert aînée dit alors: «Mais voilà comme nous parlons à tous nos fournisseurs.—Tant qu’il vous plaira, mademoiselle, moi, je ne le souffrirai pas.» (Dignité,—leçon donnée à propos.)

La seconde fois, lorsque la gouvernante vint avec mademoiselle Marie, pour faire voir le corset, il y avait encore des dames qui faisaient à madame Bourgogne de sincères compliments (douce consolation pour une artiste méconnue), et qui avaient la bonté de rire aux éclats avec elle (bonté touchante en effet); ce qui augmenta sans doute son impatience, car, sachant ce qui s’était passé, j’entrai dans le salon pour arranger le feu, afin de l’observer. Je la vis assise derrière la porte du boudoir, à l’endroit le plus sombre, feignant de lire un journal de modes; mais, à ses mouvements convulsifs, elle me parut fort agitée.

Lorsque ces dames furent sorties, madame Bourgogne l’engagea, ainsi que mademoiselle Marie, à entrer dans le boudoir, en la saluant humblement, sans recevoir aucun signe de politesse. Elle la salua une seconde fois, auquel salut elle répondit par un bonjour bien sec. Le corset étant mis, madame Bourgogne demanda si madame Trubert l’avait vu sur mademoiselle. «Pourquoi me demandez-vous cela? reprit la gouvernante d’un ton hautain.—Parce que ce corset n’est qu’un peu aisé dans toute sa longueur, ce qui convient aux jeunes personnes, et que je ne trouve pas qu’il aille comme vous avez dit[D].» Alors, sa fureur commença. «Je n’ai pas dit cela, vous en avez menti! c’est mademoiselle Trubert qui l’a dit, et vous devriez me faire vos excuses. Je représente ici madame Trubert; voyez votre corset, et taisez-vous; je vous défends de causer avec moi, vous ignorez qui je suis, je ne veux pas vous répondre.» Madame Bourgogne fit alors la même question à mademoiselle Marie; mais, en anglais, elle lui défendit de répondre. Sans doute, mademoiselle Trubert aînée, par bonté pour sa gouvernante, à voulu prendre ce mot sur elle; mais j’affirme que c’est elle qui l’a dit et répété plusieurs fois.

[D] On se rappelle comment avait dit la gouvernante.—On doit remarquer ici la délicatesse avec laquelle madame Bourgogne évite de répéter le mot.

«Comment! dit alors madame Bourgogne, vous niez ce fait, ayant vu les paroles sortir de votre bouche! D’ordinaire, une personne qui s’estime soutient ce qu’elle a dit. (Haute moralité.) Quoi qu’il en soit, je ne souffrirai pas qu’on me parle sur ce ton. Je reçois des personnes de distinction, qui toujours sont polies envers moi, et jamais une gouvernante ne m’en imposera.»

Alors sa fureur augmenta; levant la main sur madame Bourgogne... (Je vis ce mouvement à travers le rideau.)

(Pardon,—que faisait M. Bourgogne derrière le rideau d’une pièce où on essaye des corsets?)

...Disant avec une exaspération violente: «Taisez-vous, ou sinon! Je vous l’ordonne, taisez-vous! Vous êtes une bête! Je vous méprise profondément; vous ignorez qui je suis; vous aurez de mes nouvelles: il vous en coûtera cher. Taisez-vous!»

Il fut impossible à madame Bourgogne de se taire (aveu naïf); elle répliqua vigoureusement et sur le même ton; alors, le scandale fut au comble. (Cela devait être gentil.)