Voulant mettre un terme à un pareil train, je frappai à la porte et lui imposai silence. (Lui, pourquoi pas leur, puisque ces dames parlaient du même ton?)
Elle se calma peu à peu, mais en répétant dans ses dents: «Je vous méprise, vous aurez de mes nouvelles, vous ne savez pas à qui vous parlez...»
Lorsqu’elle sortit, elle ferma la dernière porte avec fracas, et criant sur le palier de toute la force de ses poumons: «Je vous méprise tous, tous, je vous méprise;» elle parlait avec tant de véhémence, que les voisins se mirent aux fenêtres.
Voilà, madame, à peu près comme cette scène de désordre se passa.
S’il n’en eût rien résulté, j’aurais dédaigné la conduite et les emportements de cette furibonde; mais elle a agi contre l’honneur et l’intérêt de notre maison: je dois les défendre.
Le soir même, ses menaces furent suivies d’effets; vous écrivîtes, madame, que vous ne prendriez pas le corset que mademoiselle Marie avait laissé à corriger, de vous renvoyer de suite, sans y toucher, le corset que vous veniez de donner à blanchir et réparer, et de vous envoyer votre mémoire, ne voulant plus avoir aucun rapport avec madame Bourgogne.
Le lendemain, madame Damaison, femme du notaire, et sa demoiselle vinrent, courroucées, demander leur facture en disant: «Nous avons passé hier la soirée chez madame Trubert, et, au salon, nous avons appris de belles choses sur votre compte.
«Vous ne saviez donc pas à qui vous répondiez de la sorte? c’était à la comtesse***, de la famille de la branche aînée des Bourbons... (Ce n’est pas la branche cadette qui ferait des choses pareilles; aussi M. Bourgogne doit-il se féliciter d’avoir jonché Paris de son cadavre en 1830, comme tout le monde, pour l’expulsion de ladite branche); que madame Trubert considère et chérit depuis douze ans. Vous avez cru parler à une femme de chambre: cela vous fera un tort immense; nous et toutes nos connaissances ne mettrons plus jamais les pieds chez vous.»
Madame Bourgogne répondit qu’elle n’avait offensé personne; qu’au contraire on l’avait insultée chez elle, qu’elle ignorait que la gouvernante fût comtesse (concession légère, il est vrai, et corrigée par le reste de phrase,—mais concession cependant aux préjugés autocratiques, qui m’étonne de la part de madame Bourgogne), qu’en tout cas madame la comtesse s’était grandement oubliée.
En remettant la facture à madame Damaison, je lui dis: «Quel que soit le titre de cette femme (très-bien), elle n’avait pas le droit de venir faire du scandale dans une maison honorable.» A ce mot honorable, madame Damaison hocha la tête et regarda sa fille en souriant de pitié.