Voici une anecdote que m’a racontée un jour,—en dînant chez notre ami G***,—ce bon général Clary, qui vient de mourir subitement:

Il était lieutenant, et se trouvait à dîner à la campagne avec le général Lasalle.—Un bourgeois arriva un peu en retard et fort en désordre,—et dit pour s’excuser qu’il avait mis pour la première fois au cabriolet un cheval très-vigoureux qu’il avait;—que le cheval s’était emporté, avait rompu les brancards; que son domestique était blessé, et que c’était un grand hasard si lui n’avait pas été tué;—que, du reste, il avait donné ordre à son domestique de reconduire le cheval sans l’atteler.

—Il est donc bien difficile?—demanda le général Lasalle:

—Si difficile—que je considère comme impossible de l’accoutumer jamais à la voiture.

—Voulez-vous me prêter votre cheval et votre cabriolet pour m’en retourner à la ville après dîner?

—D’abord, mon cabriolet est brisé,—et, ne le fût-il pas, je ne voudrais pas vous exposer à un danger que je crois très-grand et inévitable.

—C’est égal, j’y tiens.—Obligez-moi, mon cher, dit le général au maître de la maison, de me faire avoir un cabriolet.

On veut détourner le général, mais il se montre si décidé, qu’on lui cède.

—Lieutenant Clary, dit-il, voulez-vous m’accompagner?

—Certainement, général.