Messieurs,—a dit M. Berville,—il me semble que l’homme de lettres n’est pas trop malheureux;—le président du conseil est un homme de lettres,—le ministre de l’instruction publique est un homme de lettres,—le président du dernier conseil était un homme de lettres,—et le rapporteur de la loi est un homme de lettres.
Très-bien, monsieur Berville,—vous en verrez bien d’autres, je vous assure.—Puisque vous voulez absolument les mettre hors du droit commun,—ils arriveront à tout,—comme cela commence déjà assez bien;—mais ils arriveront comme on entre dans un pays conquis,—en ravageant et en détruisant.
Messieurs les conservateurs, que Dieu vous conserve! car vous vous conservez bien peu vous-mêmes.
Il s’est élevé à la Chambre une facétieuse discussion,—qui a donné à MM. Chaix d’Est-Ange,—Lherbette et Durand de Romorantin—une occasion de développer un esprit de galanterie qui doit les avoir mis au mieux dans l’esprit de nos bas-bleus.—Que leurs faveurs leur soient légères!
Ces messieurs voulaient que la femme de lettres fût placée au-dessus de la loi qui régit toutes les autres femmes,—et peu s’en est fallu qu’il ne fût voté cette monstruosité:—«Qu’une femme pourrait publier malgré son mari des ouvrages dont il est moralement, matériellement et légalement responsable,—c’est-à-dire des ouvrages dont chaque ligne peut lui amener un duel ou un procès ruineux.» C’est Me Dupin qui a sauvé la Chambre de ce vote par trop saint-simonien.
Voici deux vers faits d’avance pour la postérité, que j’ai trouvés l’autre jour au bas du portrait d’un avocat—chez un de ses amis:—
L’avocat C*** D*** était un vrai malin
Qui défendait la veuve—et faisait l’orphelin.