C’est absolument—comme les huîtres que l’on fait jeûner pour qu’elles soient meilleures à manger;—comme les pauvres volatiles auxquels on crève les yeux pour qu’ils engraissent plus vite;—comme les carpes que l’on fait cuire toutes vivantes pour augmenter leur saveur.

Pourquoi,—ô mon bon monsieur! pendant que vous y étiez,—n’avoir pas rédigé la chose en un petit aphorisme,—comme celui de la Cuisinière bourgeoise?

«Le lapin aime être écorché vif, le lièvre préfère attendre.»

«Le poëte aime mourir de faim, le député préfère manger.»

Mais, messieurs les conservateurs, si vous aviez, faute de mieux, conservé un peu de sens et de raison—au milieu de la folie universelle,—n’auriez-vous pas remarqué quels terribles arguments vous donnez à l’émeute?

Si moi, par exemple, je croyais et tenais à ma propriété littéraire,—que répondriez-vous à ces paroles que je vous dirais:

«Comment! vous,—monsieur un tel,—vous me niez la propriété des œuvres de mon esprit, de ce que j’ai créé,—de ce qui n’existait pas avant moi!—et vous voulez que je reconnaisse votre droit et celui de vos descendants sur cette belle campagne où vous passez les étés,—sur une portion de la terre, de l’herbe, de l’eau et des fruits, qui existaient avant vous,—qui existeraient sans vous,—qui existeraient malgré vous,—que Dieu nous a donnés à tous en commun, sans que rien en indique le partage;—tandis qu’il a pris la peine de partager à chacun l’intelligence et l’esprit!—Voyez plutôt votre part.»