La connaissance devient plus intime, la phrase monte.
—J’adore les cheveux noirs (ou les cheveux blonds, ou les cheveux d’or, selon que la personne est brune, blonde ou rousse).
(—C’est ce que les moralistes appellent:
«Ces danses mêlées de paroles brûlantes et pleines d’enivrements où l’amour prend les formes les plus séduisantes et achève par la parole ce qui n’est que trop bien commencé par la musique et de voluptueux entrelacements.»)
—Pastourelle,—conduisez vos dames,—en avant trois, cavalier seul!
J’ai connu des hommes braves et intrépides, dont le corps était couvert de blessures, des hommes que j’avais vus affronter la mort avec le sourire sur les lèvres et un visage impassible. Eh bien! à ce moment solennel du cavalier seul, il n’en est pas un que je n’aie vu hésiter, arranger sa cravate, passer sa main dans ses cheveux pour se donner une contenance, s’embarrasser et sentir rougir de honte, de timidité, de peur, la cicatrice faite à son front par le sabre ennemi.
En effet, l’espace est là ouvert devant vous; un espace qu’il faut remplir de grâce et d’élégance, devant des yeux qui ne sont distraits par rien. Vous êtes sur un théâtre, sans être plus élevé que les spectateurs. Tous les yeux sont sur vous. Votre habit vous gêne; vous rougissez rien que de la peur de rougir; vos yeux se troublent, ne voient plus; vos genoux flageolent et se dérobent; il vous semble à vous-même que vous êtes devenu un de ces pantins dont les jambes et les bras sont mal attachés et prêts à tomber; votre respiration est pénible et embarrassée.
Vous voudriez que le lustre tombât, sinon sur vous, du moins sur quelqu’un, ou que le feu prît à la cheminée.
Le plus funeste accident vous ravirait, pourvu qu’il vînt mettre un terme à votre angoisse.
Vous usez d’une foule de petits subterfuges, vous n’osez regarder ceux qui sont en face de vous. Mais vous êtes embarrassé de sentir que vous baissez les yeux, vous voulez les relever et ils ne vous obéissent pas, ou partout ils rencontrent des regards embarrassants.