Cette année,—mon ami Couveley avait envoyé deux tableaux, résultats d’études très-intéressantes, faites dans un voyage récent dans l’Orient; le premier, acheté par M. Aguado, avait été loué par le roi lui-même;—le second était une esquisse de très-petite dimension, à peine terminée et sans aucune importance aux yeux de son auteur;—le jury a accepté l’esquisse et refusé le tableau.—Couveley a fait savoir à M. Aguado qu’il lui rendait sa parole et ne le considérait pas comme obligé de prendre son tableau déshonoré.—M. Aguado a eu le bon goût de s’en rapporter à lui-même et de répondre qu’il gardait la parole et le tableau de Couveley,—et que de plus il permettrait qu’il fût visité dans sa galerie.
Un autre de mes amis,—Ferret,—l’homme le plus consciencieux dans son travail, le plus dénué d’intrigue,—qui a exposé depuis plusieurs années des œuvres de peinture sévère qui ont attiré l’attention des peintres et des connaisseurs, a été repoussé.
Madame *** avait présenté quatre tableaux peints par elle, deux sous son nom, deux sous le nom de ses élèves;—on a accepté les derniers et refusé les autres.—Un des tableaux refusés est exposé chez Giroux,—avec une inscription constatant le fait, etc., etc.
Je vais maintenant vous parler au hasard de quelques tableaux qui ont attiré mon attention dans les visites peu fréquentes que j’ai faites au Louvre, pour les raisons que j’ai déduites l’année dernière.
196.—Chinois qui d’abord ont l’air d’être peints par eux-mêmes, comme les Français de M. Curmer,—mais en réalité le sont par M. Borget.
1429.—Deux joueurs d’échecs, par M. Meissonnier;—c’est un petit tableau grand comme une tabatière,—mais plein d’esprit et de finesse.
2018.—Portrait en pied de madame la duchesse de Nemours, par M. Franck Vinterhalter.—On sait que la duchesse de Nemours est une très-charmante personne.—Je ne trouve pas que M. Vinterhalter ait réussi dans toutes les parties de son ouvrage;—tout ce qui est costume est peint d’une façon remarquable, les fleurs qui entourent la princesse sont rendues avec une rare perfection et une grande richesse,—mais le ton de la chair manque de distinction.
1037.—Le Relancer du sanglier, par M. Jadin.—Magnifique cadre de bois sculpté.—Un des chiens n’a que trois pattes.—La funeste habitude qu’a prise M. Jadin de ne donner que trois pattes aux chiens est encore bien plus évidente dans le tableau 1036: Hallali,—cadre encore plus beau que le précédent; c’est le même, doré.