«Si les lettres étaient vraies, il en résulterait ceci; qu’un roi élu en 1830 pour répondre aux sentiments nationaux et aux sympathies patriotiques du pays, aurait, sur tous les points, déserté ces sentiments et ces sympathies; qu’il aurait participé à l’écrasement de la Pologne pour servir les intérêts de la Russie; qu’il aurait promis à l’Angleterre l’abandon d’Alger pour mieux assurer la perpétuité de sa dynastie, et non pas la perpétuité de l’ordre monarchique et constitutionnel, dont il semblerait préméditer la ruine; qu’enfin, il aurait conçu des desseins tyranniques pour contenir à son gré la capitale du royaume, et pour tourner contre les citoyens un projet destiné uniquement à repousser les attaques des ennemis de la France.
»Voilà, messieurs, la pensée de ces lettres, et, je vous le demande, comment qualifieriez-vous un roi qui aurait pu les écrire? Ne diriez-vous pas que c’est un de ces tyrans qui ne procèdent que par voie de dissimulation, et dont le langage public est en opposition flagrante avec les pensées qu’ils ont au fond du cœur?»
La réponse du jury,—les journaux du lendemain aidant, a été prise dans le public—comme admettant l’authenticité des lettres.
Ce qui m’a, au premier moment, un peu embarrassé, moi qui, à propos de ces malheureuses lettres, dans le numéro des Guêpes de février 1841, me suis avisé de dire: «Certes, si les lettres étaient authentiques, le roi n’aurait absolument qu’à s’en aller.»
Et je ne serais pas sans inquiétude sur la manière dont le parquet apprécierait mon appréciation—si M. Partarrieu n’avait été beaucoup plus loin que moi dans sa plaidoirie.—Ce ne serait toujours pas lui,—il ne l’oserait pas,—qui porterait la parole contre moi;—quoique j’aime mieux, le cas échéant, être accusé par lui que par un autre,—vu le peu de succès avec lequel il a travaillé dans cette circonstance.
Je ne félicite pas le parti légitimiste de la nouvelle recrue qu’il a faite dans la personne de la Contemporaine,—qui, il y a une douzaine d’années, a obtenu une sorte de célébrité en vendant le récit de ce qu’elle ne pouvait plus vendre en réalité;—récit qui a servi de cadre à quelques hommes d’esprit pour faire les Mémoires d’une contemporaine.
N’est-ce pas saint Paul qui a dit: La lettre tue;
Il a bien ajouté, il est vrai: L’esprit vivifie;—mais c’est qu’il y a dans cette affaire plus de lettres que d’esprit.