Ces trois journaux ne sont lus que par des gens qui, par leurs idées, leur position et leurs intérêts, appartiennent au gouvernement.—Ils ne parlent qu’à des gens d’avance convaincus;—ils y lisent les réponses à des attaques contre le gouvernement, qu’ils n’avaient pas lues et qu’ils apprennent par là;—tandis que ceux qui ont lu ces attaques dans les journaux de l’opposition ne lisent jamais une ligne des journaux du gouvernement.
Cela fait un jeu peu divertissant et ressemblant beaucoup à ce qui arrive aux gens qui mangent de ces bonbons appelés demandes et réponses,—que l’on vend au poids et au hasard,—de telle sorte qu’une personne a quelquefois toutes les demandes, et que c’est une autre qui a toutes les réponses.
Certes, le gouvernement, au lieu de payer clandestinement certaines plumes et certains journaux plus ou moins indépendants, pourrait avoir un journal à lui, un journal le plus riche, le plus répandu, le plus recherché de tous, avec les sommes qu’il jette honteusement dans la presse.—On a vu le succès de la presse à bon marché: les journaux à quarante francs se partagent plus d’un million de lecteurs. Pourquoi le journal du gouvernement n’est-il pas à vingt francs?—pourquoi n’attache-t-on pas par des liens avoués et honorables à sa rédaction les écrivains les plus habiles et les plus aimés du public?
Tout cela serait facile,—mais quos vult perdere Jupiter dementat.
Ainsi, dans l’affaire des lettres attribuées au roi—tous les journaux en ont produit des extraits;—des brochures de toutes sortes ont circulé en grand nombre dans les départements;—la défense du roi a été mise—dans un des deux journaux que personne ne lit.
A la Chambre, on avait annoncé que M. Guizot parlerait des fameuses lettres;—il a parlé à côté.
Le bon M. Auguis—a principalement séduit ses électeurs par la simplicité qui préside habituellement à sa toilette—et ils l’envoient à la Chambre pour appliquer au gouvernement de la France l’économie qu’il apporte dans son extérieur. La session presque finie, il a cru devoir faire son examen de conscience et s’est demandé à lui-même contre quel luxe abusif il s’était élevé;—il a alors songé à son embarras quand ses électeurs, à l’époque des gueuletons représentatifs, l’appelleraient comme Dieu appela Adam après sa faute,—Adam, ubi es?—et lui demanderaient compte des économies qu’ils l’ont envoyé faire à la Chambre basse.
Il a vu avec terreur qu’il avait laissé passer les meilleures occasions; et cependant, décidé à demander une économie sur n’importe quoi, il est monté à la tribune et a déclaré à la face de la France que les animaux du Jardin des Plantes mangeaient trop.
Il a demandé positivement qu’on les fît empailler, par économie,—attendu que c’est une dépense une fois faite. Dans sa farouche indépendance, M. Auguis a déjà bien des fois attaqué l’existence d’autres hôtes du Jardin des Plantes, et on n’a pas oublié ses violentes philippiques contre les singes et contre leur palais.