Cette question, la plus grave, sans contredit, de la session,—n’a pas obtenu un quart d’heure d’attention;—le ministère a dit: «Nous verrons plus tard,»—et tout a été fini.
Il n’y a de questions réellement graves à la Chambre que celles qui peuvent ramener ou renverser un ministère.
Mais nos représentants ne sont occupés en ce moment que de retourner dans leurs foyers, suffisamment munis des bureaux de tabac,—des ponts,—des routes,—des bourses dans les colléges,—des priviléges de toutes sortes que leurs électeurs leur ont fait promettre pour prix de leur voix,—et tout en leur recommandant l’indépendance et l’incorruptibilité.
Et la question si importante de la subsistance est ajournée;—tout ce que MM. les députés vont faire pour le peuple en cette occurrence—sera de bien boire et de bien manger dans divers gueuletons dits patriotiques, et de porter des toasts à son affranchissement et à l’extension de nos droits politiques.—Je voudrais bien qu’on y comprît le droit de manger—autrement que par représentants.
LES JOURNAUX.—M. Duchâtel a dit à la Chambre:—«Tout le monde convient que le gouvernement a besoin d’un journal.»
Je suis, à ce sujet, parfaitement de l’avis de M. Duchâtel; seulement, je crains bien que nous n’entendions pas ce besoin tout à fait de la même manière.
Outre la faveur qui s’attache en France à tout ce qui est contre le pouvoir,—outre l’esprit fanfaron du plus grand nombre des gens qui se croient braves et audacieux de lire sans danger, au coin du feu, un journal qui attaque le gouvernement,—la presse systématiquement opposante et dissolvante se répand sous toutes les formes, se glisse dans les masses par le bon marché.
Pendant ce temps, le gouvernement actuel, inventé par le journalisme et perpétuellement menacé dans son existence par celui qui l’a créé,—sent le besoin d’avoir un journal;—il en a trois:—le Moniteur,—le Journal des Débats et le Messager.—L’un des trois est le plus cher et le moins répandu de tous les journaux;—les deux autres sont entre les plus chers après lui et les moins répandus.