Si nos éleveurs ne peuvent donner leurs produits au même prix que les étrangers,—on ne peut sacrifier, non pas seulement les intérêts, mais la santé de toute la classe ouvrière et de toute la classe pauvre, aux intérêts des éleveurs.

Cette protection, qui consiste à payer plus cher les produits du pays qu’on ne payerait ceux de l’étranger, et à ne pas profiter de ceux-ci,—n’a de prétexte qu’autant que cela ne durerait que pendant un temps limité,—et que cela aurait pour but d’arriver à pouvoir donner les produits indigènes à un prix inférieur à celui des produits exotiques;—car, si le prix n’était qu’égal, on serait en perte de tout ce qu’on aurait payé de trop pendant tout le temps de l’apprentissage de l’industrie protégée.

Et peut-être, dans ce cas-là,—serait-il plus sage et plus honnête de donner aux éleveurs des encouragements en argent pris sur d’autres impôts, pour compenser la perte momentanée qu’ils éprouveraient en donnant leurs produits aux mêmes prix que ceux des étrangers.

Mais quand cette situation devient permanente; quand il faut payer dix sous de plus par livre la gloire de manger le bœuf de sa patrie, au lieu de manger le bœuf de l’étranger;—quand, surtout, plusieurs générations d’ouvriers et de pauvres doivent ne pas manger de viande, s’étioler et souffrir, et n’avoir pour consolation que la pensée que leurs compatriotes plus riches mangent de la viande française,—je trouve cela un fricot médiocre, et je ne puis m’empêcher de dire que ce système de protection est une monstrueuse sottise et une niaiserie infâme.

Mais les choses seront ainsi, ou pis encore, tant qu’on n’aura pas compris que les impôts devraient peser, non pas sur les choses de première nécessité, mais sur tous les luxes, quels qu’ils soient;—que le pain,—la viande,—les vins du peuple, devraient en être exempts,—et qu’on devrait en grever les vins fins,—les voitures,—les chevaux de luxe,—que ce serait un impôt raisonnable que celui qui s’établirait sur les gants, sur certaines étoffes,—sur les chapeaux, etc.

Je sais qu’il y a eu autrefois en Angleterre,—et je ne sais si cela existe encore,—un impôt sur la poudre à poudrer, qui était d’un assez grand produit, parce qu’on tirait à vanité de faire poudrer les domestiques.

Une loi qui établirait qu’on peut porter gratuitement une veste,—mais que, si on y ajoute derrière deux pans pour en faire un habit, on sera soumis à un impôt de tant par année,—suffirait pour remplir les coffres de l’État.

Et au moins une partie du peuple cesserait de payer sa part d’impôts en abstinence, en jeûne et en maigreur.