Janvier 1840.
Une année de plus.—Oraison funèbre de deux dents.—Déplorable tenue des représentants de la France.—M. Auguis.—M. Garnier-Pagès.—M. Dugabé.—M. Delaborde.—M. Viennet.—Argot des journaux.—Les ministères et les attentats.—Le discours de la couronne.—M. Passy.—M. Teste.—Insuffisance, amoindrissement, aplatissement.—M. Molé.—M. Thiers.—M. Guizot.—Polichinelle et M. Charles Nodier.—Les 221.—M. Piscatory.—M. Duvergier de Hauranne.—M. Malleville.—M. Roger (du Nord).—Les offices.—Treize gouvernements en trente-huit ans.—La conjuration de M. Amilhau pour faire suite à la conjuration de Fiesque.—Les trois unités.—Un mot de M. Pozzo di Borgo.—Le marquis de Crouy-Chanel.—Le garde municipal Werther.—Le comte de Crouy-Chanel.—Arrestation extrêmement provisoire de l’auteur des Guêpes.—Le gendarme Ameslan.—650 ans de travaux forcés.—M. Victor Hugo.—M. Adolphe Dumas.—M. Gobert.—Melle Déjazet.—Le gouvernement sauvage.—M. de Cormenin.—Mme Barthe.—M. Coulman.—La cour de France.—Les bas de l’avocat Dupin.—Plusieurs nouvelles religions.—L’abbé Chatel.—L’Être suprême l’a échappé belle.—Un prix de mille écus.—Le prince Tufiakin.—Les nouveaux bonbons.—Dupins à ressorts.—Une surprise.—Mme de Girardin.—M. Janin.—Mlle Rond...—Le sommeil législatif.—M. Dupont (de l’Eure).—M. Mérilhou.—M. d’Argout.—M. Alexandre Dumas.—Me Chaix d’Est-Ange.—Me Janvier.—M. Clauzel.—La gloire et le métal d’Alger.—M. Arago.—M. Mauguin.—M. G. de Beaumont.—Le maréchal Valée.—Le colonel Auvray.—Les pincettes.—S.M. Louis-Philippe et M. Jourdain.—M. Bonjour.—M. Berryer.—M. Michel (de Bourges).—M. de Chateaubriand.—M. Scribe.—M. Delavigne.—M. Royer-Collard.—Le duc de Bordeaux.—M. Bois-Millon.—Le duc d’Orléans.—Le duc de Joinville.—Le duc de Nemours.—M. Lerminier.—M. Villemain.—M. Cousin.—Dénonciation contre les princes du sang.—Une guêpe asphyxiée.—Vingt ans de tabac forcé.
L’AUTEUR.—Ainsi que je vous l’ai promis, mes guêpes, je vous ouvre cette porte en vitraux qui donne sur le jardin;—mais ne vous laissez pas tromper par cet air de printemps;—ne vous arrêtez pas aux violettes qui ont fleuri ces jours-ci sous les feuilles sèches,—ni à cette primevère à la corolle amarante qui s’est épanouie au pied du figuier, précisément le premier jour de l’hiver, le 22 décembre.
Nous sommes dans l’hiver;—voici une année finie et voici une année qui commence. On appelle cela avoir une année de plus. Ceux qui sont nés depuis trente ans disent qu’ils ont trente ans.—Hélas! c’est au contraire trente ans qu’ils n’ont plus;—trente années qu’ils ont dépensées du nombre mystérieux qui leur en a été accordé;—trente années qui sont les fleurs de la vie et que le vent a séchées;—trente années pendant lesquelles on a passé par toutes les sensations qu’il faut ensuite recommencer et ruminer.
Heureusement que l’homme se vante d’être sobre quand il ne digère plus; d’être chaste quand son sang est stagnant et son cœur mort;—de savoir se taire quand il n’a plus rien à dire;—et appelle vices les plaisirs qui lui échappent, et vertus les infirmités qui lui arrivent.
Quand on a dépensé cette première partie de la vie,—on s’étonne de la prodigalité avec laquelle les gens les plus jeunes jettent en riant leurs jours exempts de souci, sans les compter, sans les regretter, sans leur dire adieu. On est surpris comme ce voyageur dont parle un conte arabe, qui vit des enfants jouer au palet avec des rubis, des émeraudes et des topazes, et s’en aller sans songer à les ramasser.
Il n’est personne qui, à trente ans, ne soit déjà en train de mourir—et n’ait à porter le deuil d’une partie de soi-même. Si je voulais, pour moi, je prononcerais ici l’oraison funèbre de deux dents et de ravissantes illusions que j’ai perdues.
La session est ouverte, les Chambres se sont rassemblées: messieurs les députés continuent à affliger les regards par d’incroyables négligences de costume. Les indépendants justifient ce laisser-aller en disant qu’ils représentent le peuple, et qu’ils doivent être vêtus comme le peuple. Mais le peuple ne porte ni un habit vert râpé comme M. Auguis, ni un habit noir éploré comme M. Garnier-Pagès.—Pourquoi alors ne pas porter des vestes, pourquoi pas des blouses, pourquoi pas des casquettes, pourquoi pas des sabots? Ajoutez à cela que les députés ne représentent pas seulement le peuple,—et que, s’ils représentent quelque chose, ils représentent toutes les classes de la société.—Voyez, par exemple, M. Dugabé, examinez son col de chemise enfermant sa tête qui ressemble à un bouquet dans un cornet de papier.—Vous vous dites: «Tiens, voilà un monsieur singulièrement arrangé.»—Vous demandez à un voisin: