Comme s’il n’y avait pas en France déjà assez d’inquiétudes et d’instabilité!

A une époque où tout ce qui n’est pas renversé semble menacer ruine,—ces messieurs s’avisent de battre en brèche le peu qui reste debout.

La transmission des charges et des offices est tout ce qui reste en France des corporations. Les corporations étaient des familles; les familles étaient des solidarités d’honneur. Du temps des corporations commerciales, le commerce français avait au dehors une honorable et fructueuse réputation de probité;—depuis qu’il n’y a plus de corporations, il se vend sur les marchés étrangers, pour le compte de la France, des bouteilles de vin vides et des bas de soie dont chaque paire n’a qu’un bas; et tous les jours le commerce français se déconsidère et se ruine.

Nous l’avons échappé belle pendant le mois de décembre,—nous avons été menacés de deux nouveaux gouvernements, outre tous ceux dont jouit cette époque où tout le monde est gouvernement.

Il y a trois puissances qui rendent impossible en France la réalisation des trois pouvoirs constitutionnels, qui sont la royauté héréditaire, la Chambre aristocratique et la Chambre des députés.—Ces trois puissances inhérentes, je le crains, au caractère national, sont l’inconstance, la vanité et l’ignorance.—Faites donc une royauté héréditaire avec l’inconstance qui a donné à la France TREIZE gouvernements en trente-huit ans—(la moyenne n’est pas de trois ans!) On a eu dans l’espace de trente-huit ans—Louis XVI,—la Convention,—le Directoire,—le Consulat rééligible,—le Consulat à vie,—l’Empire,—le gouvernement provisoire.—Louis XVIII,—Napoléon,—Louis XVIII,—Charles X,—le duc d’Orléans, lieutenant général,—Louis-Philippe roi.

Et si on écoutait chaque parti et chaque subdivision de parti,—nous aurions à la fois aujourd’hui—le duc d’Angoulême,—le duc de Bordeaux,—le duc de Bordeaux, entouré d’institutions républicaines,—le prince Louis Bonaparte,—cinq ou six sociétés républicaines avec ou sans président.

Faites donc une Chambre aristocratique sans aristocratie, sans fortunes, sans possesseurs de terres, malgré l’envie, la vanité et la suprême sottise que l’on appelle égalité.

Faites donc une Chambre des députés avec l’ignorance et le bavardage!