La liste du marquis de C... était faite avec un soin extrême—et dont je crois devoir le modèle aux conspirateurs qui aiment l’ordre et la régularité.—C’était un registre réglé avec des divisions à l’encre rouge;—ces divisions, au nombre de six, donnaient pour chaque conjuré:

Son nom,—sa demeure,—son âge,—le lieu de sa naissance,—les armes dont il pouvait disposer.

Et des notes particulières renfermant une appréciation de son courage et de son dévouement.

Aussi, douze heures après, tout le monde était arrêté;—mais, huit jours après, le marquis de C... était échappé, grâce au gendarme Ameslan qui, ayant pris au sérieux ce que rabâchent les journaux sur les baïonnettes intelligentes,—sur l’indépendance du soldat français, etc., causa avec son prisonnier, le laissa partir en le reconduisant du Palais de Justice à la prison, et pour lui,—fier de s’être montré buffleterie intelligente, rentra paisiblement le soir à son quartier.—C’est à peu près ce jour-là que l’on condamnait un jeune homme, nommé Barthélemy, qui avait tiré à cinq ou six pas de distance un coup de pistolet sur un sergent de ville qui allait à l’Ambigu.—Ce Barthélemy faisait partie de ces sociétés qui s’appellent secrètes et qui ont si peur de l’être.—Des amis lui avaient fait quelques reproches, l’avaient accusé de manquer de dévouement. «Venez vous promener sur le boulevard,» leur avait dit Barthélemy.—Arrivé là, il avait chargé un pistolet et avait tiré sur le sergent de ville.

Nous pensons que le gendarme Ameslan a suffisamment réhabilité la gendarmerie,—que la race des bons gendarmes, si célébrée sous la Restauration, est retrouvée,—et que les sociétés dites secrètes ne prescriront plus à leurs adeptes de les immoler à la liberté sur l’autel de la patrie.—Du reste, M. C... est retourné de lui-même en prison.

Il n’est peut-être pas inopportun de dire, à propos de conspirations, quelques mots sur l’éducation qu’on reçoit en France.

Cette éducation est entièrement et exclusivement littéraire et républicaine. Tout élève qui a profité de ses études sort du collége,—sinon poëte, du moins versificateur et animé d’une haine profonde contre la tyrannie. C’est le moment où il doit devenir commis dans un bureau de ministère,—ou chez un banquier,—ou ferblantier,—ou limonadier,—ou fabricant de cheminées kapnofuges.—Voici pour l’éducation littéraire.—Pour ce qui est des principes,—les vertus qu’on lui a fait admirer au collége sont toutes prévues par divers articles de notre Code pénal. Les vingt premières pages de Tite-Live, contenant l’histoire des premières années de Rémus et de Romulus,—seraient, dans la bouche d’un procureur du roi, un réquisitoire entraînant sept ou huit fois la peine de mort et six cent cinquante ans de travaux forcés,—au minimum et en admettant des circonstances atténuantes. (Voir Tite-Live et le Code pénal.)

LA DÉMOCRATIE.—Les savants que l’on entretient à l’Institut pour nous dire le temps qu’il a fait la veille,—et qui se mêlent un peu trop des choses terrestres où ils mettent leur petite part de confusion, nous apprennent de temps en temps au matin que: