Il n’y a pas en France un seul journal qui oserait imprimer en entier dans ses colonnes le présent petit livre. Ce n’est pas cependant qu’il renferme rien qui soit contraire aux lois, à la morale publique, au bon sens;—grâce à Dieu, ils n’y regardent pas de si près.

Je suis forcé de mêler ce premier pamphlet d’une certaine quantité d’aphorismes ou professions de foi.

Je ne parlerai guère de la royauté; le trône est devenu un fauteuil, la couronne une métaphore: on a mis sur le trône un roi constitutionnel, c’est-à-dire le roi des tragédies, un farouche tyran auquel chaque personnage a le droit de débiter trois cents vers d’injures dont le moindre vous ferait casser la tête par un commis en nouveauté; un roi qui, si le feu prenait à la France comme à la maison de certain philosophe, serait forcé de dire comme lui: «Cela ne me regarde pas, je ne me mêle pas des affaires de ménage, dites-le à la Chambre des députés.»

Un roi pour lequel—s’il veut contenter l’opposition—le mot régner n’est plus qu’un verbe auxiliaire comme être, et qui règne comme une corniche règne autour d’un plafond. On pourrait, il est vrai, dire avec La Fontaine:

Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant.

Mais qui insulterait-on d’une manière aussi amusante, aussi audacieuse en apparence, aussi peu dangereuse en réalité? On couronne les rois comme on couronna le Christ; chaque fleuron de leur couronne est une épine.

En fait de ministre, je suis de l’avis de cette vieille femme qui priait à Syracuse, dans le temple de Jupiter, pour la conservation des jours de Denis le Tyran: «Ma bonne, lui demanda Denis, qui se rendait justice, qui peut vous engager à prier pour moi?