Les journaux de l’opposition sont aussi obstinés et serviles dans leur critique que les journaux ministériels dans leur enthousiasme.

A côté de ces inconvénients visibles, il y en a d’autres plus cachés.

Tel journal indépendant, habituellement hostile au pouvoir, adoucit ses colères chaque fois qu’il faut faire renouveler à un théâtre royal l’engagement de certaine danseuse maigre.

Tel autre, toujours confit en admiration devant les derniers garçons de bureau des ministères, mêle un peu d’absinthe à son miel, à certaines époques où il est d’usage de discuter les subventions accordées aux journaux.

Outre que dans aucun journal on ne peut dire sa pensée entière, il y a pour les gens qui n’ont pas d’ambition, et conservent conséquemment du bon sens et de la bonne foi, il y a un inconvénient qui empêche de se rallier à aucun des partis en possession de la presse.

Le parti gouvernemental, à le juger par ses sommités, a l’avantage sur le parti de l’opposition. Il possède des hommes de science réelle, d’expérience, d’esprit vrai et de bonne compagnie; mais il traîne à sa suite tout ce qu’il y a de mendiants, de valets et de cuistres.

Le parti de l’opposition montre avec un juste orgueil des gens de résolution et même de dévouement, des gens d’une probité sévère et d’une conscience éprouvée; mais sa queue se forme de tout ce qu’il y a de fainéants coureurs d’estaminets, de tapageurs, de braillards, de vauriens, de culotteurs de pipes.

Et les hommes recommandables des deux partis savent combien ces queues sont lourdes et difficiles à traîner.