Mais M. Lerminier ne pense pas qu’il y a une chose que la jeunesse, noble, grande et exaltée qu’elle est, ne pardonne jamais:—c’est l’apostasie.

On emprunte à la Gazette d’Ausgbourg,—journal remarquable qu’on ne connaît pas assez en France, un article contenant le détail de la réception peu polie que Sa Grandeur M. Teste avait faite à un prince déchu. Mais le Courrier français et les autres—ont supprimé la phrase qui termine cet article. La voici; «Il y a bien des réflexions à faire sur tout ce qu’il y a d’arrogance et de mauvais goût dans la conduite de cet avocat parvenu.»

Pourquoi cette suppression? C’est que, dans un coin de chaque journal, il y a toujours un petit avocat arrogant et de mauvais goût, qui espère parvenir.

Eh! mon Dieu! d’où venez-vous, ma pauvre guêpe; vos petites ailes sont tremblotantes et fatiguées,—votre petit corps est tout haletant: êtes-vous entrée chez quelque confiseur et vous a-t-on battue? avez-vous mangé trop de sucre? avez-vous couru tout Paris sans trouver ceux que j’avais désignés à votre aiguillon? Couchez-vous dans ce beau lit de pourpre que vous offre ce camélia,—ma pauvre petite guêpe,—et reposez-vous.

Ce n’est rien de tout cela;—en passant sur le boulevard des Italiens, elle a été asphyxiée par la vapeur du détestable tabac qu’y fument les élégants, les dandys et les lions.—Ma foi, chère petite guêpe, vous m’y faites penser et nous allons traiter cette question à fond.

On annonce qu’à l’ouverture de la session, le gouvernement va proposer le renouvellement du bail de la ferme des tabacs pour un temps illimité.—

Hélas! qui va défendre à la Chambre les intérêts des fumeurs?—La génération qui y est ne fume pas, elle prise;—nous serons bien heureux si elle n’est qu’indifférente et si elle ne nous condamne pas, par un de ces votes saugrenus dont elle est quelquefois capable,—à vingt ans de tabac forcé,—du tabac que nous vend la régie. Depuis quinze ans que l’usage du tabac à fumer s’est prodigieusement répandu en France, on ne s’est pas occupé de se préparer des récoltes plus abondantes, surtout dans les qualités supérieures;—de sorte que la régie ne peut subvenir aux besoins des consommateurs.—Outre qu’elle vend le tabac excessivement cher, et qu’elle diminue les quantités à mesure qu’elle augmente le prix, il n’est pas de drogue honteuse qu’elle ne vende tous les jours sous le nom de cigares;—on fume du foin, on fume des feuilles de betteraves, on fume du papier gris:—il n’y a qu’une chose qu’on ne fume pas,—c’est le tabac.

La régie des tabacs, telle qu’elle est constituée, est un vol odieux.—Il est impossible à Paris, quelque prix qu’on en offre, d’avoir du tabac passable.—Cela est tellement vrai, que j’ai la douleur de dénoncer plusieurs princes du sang royal comme n’ayant pu s’y soumettre et se servant habituellement de tabac de contrebande.