Comme on demandait à M. Royer-Collard son appui pour la nomination de M. Berryer, et qu’on lui disait: «Le duc de Bordeaux vous écrira lui-même à ce sujet, il a répondu: «Si monseigneur le duc de Bordeaux me faisait l’honneur de m’écrire, je dénoncerais sa lettre au procureur du roi.»

A propos de la littérature du château, nous avons parlé de MM. Delatour et Cuvillier-Fleury;—nous avons maintenant à dévoiler les chagrins de MM. Bois-Milon et Trognon.

Les rôles sont aujourd’hui fort changés: les jeunes élèves sont devenus les maîtres et se font obéir;—ils obligent, à leur tour, leurs précepteurs à apprendre les choses inusitées. M. Bois-Milon est le plus heureux, c’est un homme insignifiant, et on ne s’occupe pas de lui;—cependant le duc d’Orléans s’est fait récemment suivre par lui en Afrique.—M. Bois-Milon a d’abord eu quelques chagrins d’équitation; puis on assure qu’il n’y avait rien de plus curieux que son équipement: il se chargeait de tant d’armes, qu’il lui aurait été impossible de se servir d’aucune.—La dyssenterie, maladie peu épique, fit de lui un bagage incommode que le prince laissa à Alger.

M. Trognon est le précepteur du duc de Joinville.—C’est un brave homme qui adore son élève. Le duc de Joinville est un jeune homme brave, impétueux, impatient, ce qui l’a fait quelquefois passer par de rudes épreuves.—Avant de s’embarquer, il rassemblait ses petits frères les ducs d’Aumale et de Montpensier, les emmenait dans les combles des Tuileries, et là leur apprenait à chanter la Marseillaise et le Chant du départ, en faisant tonuer de petits canons de cuivre. On raconte que l’ambassadeur de Russie entendit un jour par hasard ce concert et en fut assez scandalisé.

D’autres fois, il forçait ce pauvre M. Trognon de faire des armes avec lui, ou il l’obligeait à s’habiller en Turc.

Plus récemment, se trouvant sur son bâtiment, à l’île de Wight, il eut la fantaisie de donner un bal à bord.—M. Trognon s’y opposa. Le duc de Joinville attendit le moment où il se trouvait de quart, et, usant de son autorité de commandant,—il fit déposer à terre M. Trognon, qui ne revint au vaisseau qu’après le bal..

Jésuites;—hélas! on me paraît avoir fait comme l’étudiant, qui, harcelé par un lutin, finit par le couper en deux d’un coup de sabre.—Chaque moitié devint un démon entier.—Sous la robe noire de Basile, déchirée en deux, se cachent aujourd’hui les avocats et les professeurs.

M. Lerminier est un jeune professeur—qui a longtemps professé les principes démocratiques.—Soit que le pouvoir ait senti le besoin d’avoir M. Lerminier à lui, soit que M. Lerminier, amorcé par les succès des professeurs Guizot, Villemain, Cousin, Rossi, etc., ait senti le besoin d’être eu par le pouvoir,—toujours est-il que le pouvoir a agi en cela avec sa maladresse accoutumée.—M. Lerminier est aujourd’hui perdu.—Voici deux fois qu’il essaye inutilement de recommencer son cours, et deux fois que des cris, des hourras, des avalanches de pommes, obligent de le suspendre.

M. Lerminier se console peut-être en pensant que M. Rossi n’a pas non plus manqué de pommes dans ses commencements.