N. B. Il n’y a pas dans ce précis des travaux parlementaires la moindre plaisanterie. Tout est vrai.
Un événement parlementaire a été le discours de M. Thiers sur la question d’Orient: ce discours, très-attendu, très-annoncé, très-médité, n’a pas produit l’effet qu’on en espérait.
Ce n’était qu’une triple pétition qui n’a été apostillée par personne; d’abord pétition au roi pour demander un ministère; en effet, on n’y remarquait aucune phrase contre la politique personnelle; loin de là, elle était traitée avec une remarquable mansuétude, le système de la paix y était fort exalté,—il y avait loin de ce discours à celui où M. Thiers a dit: «Louis-Philippe était dans son droit, et j’étais dans le mien.»
Pétition à la Chambre pour demander une majorité et un appui; tout le monde avait sa caresse et sa part de paroles mielleuses; il y avait tour à tour une phrase pour M. Berryer, une phrase pour M. Barrot, une phrase pour les deux cent vingt et un.
Enfin, troisième pétition à l’Europe et particulièrement à l’Angleterre pour obtenir l’autorité d’un grand diplomate, des visites à la place Saint-Georges et la réputation d’un homme avec lequel on peut traiter.
Mais M. Thiers a pu s’assurer que, lorsqu’on veut ainsi contenter tout le monde, on ne contente... que sa famille et ses sténographes.
En effet, voici ce qu’il est advenu des trois pétitions.
Nous croyons savoir qu’un grand ami de M. Thiers s’est fait voir au château et au ministère des affaires étrangères, où il a cherché à persuader à M. Soult de retourner au ministère de la guerre et de donner sa place à M. Thiers.
Mais, au château comme chez le maréchal, on a répondu avec une froide bienveillance que le discours était bien modéré, bien inattendu, bien tiède, mais que, pour entrer au ministère, il était trop tard.