Je passais par la rue Laffitte en ce moment, et le cocher qui me conduisait répondit à ma question sur la cause de ce bruit et de cette prise d’armes: «C’est la garde nationale qui va chez M. Laffitte pour le réformer.»
Le lendemain, il se répandit un bruit que ces messieurs avaient été pris pour dupes; que l’on était en carnaval; que la prétendue garde nationale n’était qu’une mascarade, et que c’était à des masques qu’ils avaient débité leurs discours.
Mais ensuite les officiers qui avaient conduit l’émeute nationale furent mis en jugement et suspendus de leur grade pendant deux mois.—Suspendus! c’est là ce qu’on appelle une peine! mon Dieu! que je voudrais donc être officier, quel discours j’irais faire à M. Laffitte!
Les partisans de la réforme électorale me paraissent être les jouets d’une étrange erreur.—J’ai traité ce sujet dans le premier volume des Guêpes.—J’ajouterai à ce que j’ai dit alors—ce que je crois également d’une vérité incontestable.
On ne fait sortir d’un pays que ce qu’il y a dedans; il y a des choses qu’on n’ordonne pas par une loi. On ne décrète pas le patriotisme, la vertu, le désintéressement, fît-on même intervenir la guillotine.
Je prétends que, si on formait une nouvelle Chambre, soit avec la réforme électorale tant criée, tant demandée, soit avec le suffrage universel,—on la retrouverait composée des mêmes éléments, à doses égales.
Tenez, voici un autre projet de réforme électorale dont je prends l’initiative.—Barrez le Pont-Neuf à midi des deux côtés,—et formez une Chambre de tous ceux qui s’y trouveront arrêtés,—vous y trouverez, comme à la Chambre, un nombre relatif égal d’ambitieux,—de niais,—de gens sensés,—d’avocats, etc.—Vous y trouverez des gens qui parlent aussi mal français que MM. Calmon, Charamaule, Charpentier, Colomés, Couturier, Laubat, etc., etc.
Vous y trouverez des gens aussi mal vêtus que MM. Demeufve, Havin, Leyraud, Mallye, Couturier déjà nommé, Marchal, Mathieu (de l’Ardèche), restaurateur et juge au tribunal de son endroit, Moulin (de l’Allier), Garnon, etc., etc.
Ah! diable!—j’allais oublier M. Heurtault, un monsieur qui, riche de deux cent mille livres de rentes,—a adopté le déguenillement pour exciter l’admiration de son austérité chez les hommes de son parti et éviter les souscriptions et les emprunts.
Et quand vous aurez ainsi formé une Chambre,—demandez un vote sur n’importe quoi,—et comptez les suffrages;—je gage ma plus belle pipe turque, celle dont le tuyau de cerisier arménien a une fois et demie la hauteur de Léon Gatayes, que vous avez dans chaque parti un nombre précisément égal à celui que vous avez dans la Chambre.