Ces deux messieurs s’étaient réunis un soir dans un café,—s’étaient constitués en assemblée nationale,—avaient décrété deux ou trois mesures et les avaient affichées pendant la nuit.
L’une ordonnait aux boulangers de faire crédit à tous les citoyens et notamment aux chefs du gouvernement, les sieurs Carpentras, peintre en bâtiments, et Ferrary, cordonnier.
Une autre intimait à messieurs les riches la défense de sortir de la ville sous peine de mort.
On les arrêta et on les mit en jugement,—on saisit à leur domicile plusieurs ordonnances toutes préparées. En voici deux qui méritent d’être remarquées:
ORDONNANCE.—Nous, etc.
Ordonnons ce qui suit:—On fera, sous le délai d’un mois, badigeonner à neuf toutes les maisons de la ville;—on renouvellera les papiers qui manqueraient de fraîcheur.—Ces travaux seront confiés à M. Carpentras, peintre en bâtiments, et payés expressément au comptant.—Signé FERRARY.
ORDONNANCE.—Le sieur ***, corroyeur, fabricant de tiges de bottes, est un citoyen médiocre.—Nous le décrétons en conséquence de prise de corps et confisquons ses marchandises, lesquelles seront attribuées au sieur Ferrary, en récompense des services qu’il a rendus et rend journellement à la République, à titre de récompense civique.—Signé CARPENTRAS.
Le deuxième gouvernement était la seconde catégorie des accusés de mai qui ont été jugés par la cour des pairs.
On a pu voir encore en cette circonstance les tristes et embarrassantes conditions d’un gouvernement fondé en juillet 1830, à la suite d’une émeute réussie.