On applique les formes les plus graves et les plus solennelles à juger un certain nombre de gamineries contre lesquelles on prononce des peines qu’ensuite on n’applique pas.

Les séances consacrées aux doublures des premiers accusés n’ont produit aucune sensation.—Le jeune Blanqui, sorte de Dumilatre politique, a faiblement joué le rôle mélodramatique dans lequel Barbès avait obtenu une sorte de demi-succès.

Il a, comme Barbès, refusé de répondre à l’accusation,—mais il a espéré dissimuler le plagiat en parlant moins encore que son chef d’emploi qui n’avait pas parlé du tout;—il a fait paraître l’avocat Dupont pour qu’il ne parlât pas non plus.

Plusieurs des pairs ont profité de toutes sortes de prétextes pour ne pas assister aux séances;—quelques-uns, du reste, sont encore malades de la façon excessive dont on avait chauffé leur salle humide à la première séance.

Les avocats des accusés,—ceux qui parlent,—ont continué à soutenir, comme dans la première affaire, la théorie d’une différence à établir dans la pénalité entre le crime politique et le crime—comment appellerai-je l’autre crime?

Le pouvoir combat cette théorie en paroles, mais l’admet en action; quand il a obtenu la condamnation de ses accusés, il leur inflige une peine différente de celle prononcée.

Un gouvernement qui n’aurait pas les inconvénients d’origine que nous avons signalés—ne serait pas forcé de commettre de si singulières inconséquences;—il mettrait peut-être moins de colère en commençant, parce qu’il se sentirait plus fort et aurait moins peur,—et manifesterait plus de fermeté dans l’exécution des condamnations, qu’il n’y a aucun prétexte de demander, quand on se réserve de montrer, par leur non-exécution, qu’on les trouve trop rigoureuses.

Certes, s’il y avait lieu à établir cette distinction absurde entre le crime politique et le crime... civil, cette distinction ne serait pas à l’avantage du crime politique.—On comprend, à la rigueur, un certain degré d’indulgence pour un crime auquel un homme aurait été poussé par le besoin et par la faim,—ou par une de ces passions qui ont de toute éternité rongé le cœur humain, telles que la jalousie.

Mais, quand de vagues théories politiques infiltrées dans de jeunes cervelles en même temps que les demi-tasses de café gagnées ou perdues au billard dans les estaminets, conduisent leurs adeptes jusqu’à l’assassinat,—le crime qui n’a pas pour excuse le besoin ou l’emportement frénétique de la passion—n’est guère fondé à réclamer l’indulgence, que dis-je? des égards, du respect et une quasi-impunité, parce que c’est un crime de fantaisie et surtout de vanité.

Mais le gouvernement actuel est, vis-à-vis des jeunes émeutiers, dans la situation d’un père, ancien mauvais sujet,—qui gronde brusquement un fils débauché, et ne peut cependant se refuser à l’indulgence, en se rappelant que ce sont là des torts de jeunesse qu’il ne peut s’empêcher de retrouver un peu dans ses souvenirs.