Nous sommes au milieu du carnaval,—et on s’étonne de ne pas voir à Paris encore un jeune préfet sur lequel on avait fait l’année passée ces deux vers remarquables:

Lorsque R*** revint du Monomotapa,
Paris ne soupait plus,—et Paris resoupa.

Nous appellerons le jeune administrateur préfet de Cocagne,—non que ce département existe tout à fait en France; mais, outre que le nom s’applique merveilleusement à la chose, il rime au nom réel du département qui a le bonheur de le posséder, à peu près comme hallebaRDED rime à miséricoRDED.

Il a ordinairement le bonheur d’être retenu dans son département par les devoirs rigoureux de sa position,—pendant les beaux mois de l’année.

Mai, où les cerisiers tout blancs livrent au vent tiède la neige odorante de leurs fleurs.

Juin, le mois des roses, etc.

Jusqu’à l’ouverture de la chasse, où il a encore le bonheur d’être si nécessaire à ses administrés, qu’il ne pourrait s’éloigner sans de graves inconvénients.

Mais, aussitôt que l’hiver descend des sommets glacés des montagnes; aussitôt que les premiers archets glapissent à Paris; aussitôt que les concerts, les soirées et les bals s’organisent, il arrive, par une singulière coïncidence, que la présence du préfet devient indispensable dans la capitale.

On le voit se hâter, presser, encourager, gourmander les postillons; il craint de perdre une minute, une seconde;—il marche, il vole, il arrive, et le département est sauvé. Clic-clac,—clic-clac,—clic-clac. Paris se réjouit de le revoir et lui dit: «Sois le bienvenu.» Pour lui, il cherche avec une infatigable persévérance les gens qui peuvent être utiles à son département.—Il les cherche partout, dans les soirées, dans les bals, dans les raouts;—car, en cette saison, ce n’est que là qu’on peut trouver son monde. Quelquefois il poursuit ses recherches laborieuses jusqu’au milieu de la nuit; il les suit dans leurs mouvements, dans leurs détours, dans leurs valses;—il les suit jusqu’à table ou dans les tourbillons frénétiques du galop; il ne recule ni devant les insomnies, ni devant la fatigue et les suites des festins tardifs:—il faut que les affaires du département se fassent.